C’est à Dominique CHAUVELIER que nous devons l’invention du terme meneur d’allure. Son idée est née au début des années 90 alors qu’il écumait encore les victoires sur les plus grandes courses sur route internationales. « Si les champions ont le droit à leurs lièvres pour battre des records, pourquoi les autres marathoniens ne bénéficieraient pas de ce même avantage ? ». Ce projet, il l’a gardé au frais jusqu’au moment de sa reconversion. Et c’est officiellement en 1998, que son concept a enfin vu le jour. Exemple sur la dernière édition du Marathon de Paris où on notait 32 meneurs d’allure sur 11 postes de chronométrage de 3h00’ à 4h30’.

Par Jean-François Tatard – Photos : Brooks/DR

À première vue, la mission principale du meneur est d’ordre chronométrique. Il orchestre le tempo aussi précisément qu’une horloge suisse. Il est facile à repérer. Une flamme sur laquelle est inscrit l’objectif le surplombe. Et si, par problème de convergence ou de torticolis, on la louperait encore, autours de votre guide règne une telle effervescence qu’à part s’il s’agit d’une star, sur la ligne de départ d’un marathon, ça ne peut être que lui. On le colle, on se précipite pour être au plus proche de lui, on ne veut surtout pas le lâcher, on est persuadé que pendant 42 km, il sera notre meilleur tuteur et qu’il est le seul à pouvoir nous permettre d’atteindre notre objectif. Pourtant pas de stress : il ne va pas s’envoler…

Mais un meneur, ce n’est surtout pas qu’un meneur

Dominique CHAUVELIER est exigeant et il ne recrute que des meneurs expérimentés et de confiance. Il les positionne sur leur poste de chronométrage avec au minimum une soupape de 30 minutes par rapport à leur record personnel. Il est persuadé que l’allure du meneur sera linéaire et sans variation de vitesse. Il sait aussi que chez ces femmes et ces hommes se cachent générosité et enthousiasme. Le meneur ce n’est pas un robot programmé ou un pilote automatique.

« Le meneur, c’est un coach en temps réel. »

Le meneur, c’est un coach en temps réel. Être meneur nécessite d’être tourné vers l’autre. De vouloir sa réussite. Il galvanise les troupes. Il met l’ambiance. Il rassure. Il encourage. Il donne les conseils : Comment gérer une montée ? Ou un point de côté ? Comment s’alimenter ? Quand boire ? Où prendre le plus facilement sa bouteille ? Demandez à un meneur le lendemain de son marathon quelle partie de son corps lui fait le plus mal ! Vous seriez étonné… C’est souvent les cordes vocales qui sont les plus douloureuses

Le Meneur sait s’adapter

Il faut lui faire confiance. Le meneur sait conduire son groupe en tenant compte des particularités du parcours. Il n’a pas peur de faire perdre 10 secondes dans une montée à tout ce monde agglutiné derrière lui. Le corps ayant bonne mémoire, il sait qu’à maintenir l’allure de l’objectif sur cette partie plus difficile, les suiveurs en peuvent en payer les pots cassés quelques kilomètres plus tard. Il sait aussi qu’en cas de chaleur, il faut prendre probablement plus de temps au ravitaillement. Bref, réussir son objectif, ce n’est pas forcément maintenir la vitesse cible sur toute la durée du parcours. Il s’adapte et aide, les coureurs qui lui font confiance à ajuster contextuellement la vitesse de croisière pour au final, réussir, de toute façon, l’objectif.

 

Le Bonheur ou la seule chose qui se multiplie quand elle est partagée

Meneur c’est un voyage. C’est un voyage qui se court avec deux sacs, l’un pour donner, l’autre pour recevoir. Et la réflexion que je me fais d’ailleurs à chaque fois, c’est que le soir en rentrant à la maison, c’est toujours le sac à recevoir qui est le plus plein. Avant, de se lancer pour 42 km, il s’assure d’avoir rempli tes « poches à donner », des gels Overstim’s offerts par le partenaire de ChauChau, mais aussi de sa méthode, de son énergie et plus que tout : de son enthousiasme. Mais en échange il repart avec tes poches pleines d’émotions exceptionnelles et de milliers d’accomplissements fabuleux. C’est dingue comme la course à pied peut rendre heureux…

Une expérience !

J’ai déjà rempli un paquet de fois la mission et sorti de ce contexte, tous ces « mercis » n’auront bien sûr jamais d’égaux. Pourtant je me rappelle encore bien d’une anecdote. Marathon de Paris 2013 : un des multiples marathoniens à qui j’offre mes services est en train de faillir. La difficulté n’a d’égale que la distance qui nous sépare de l’arrivée. Il reste 10 km. Je le persuade une première fois que ce n’est qu’un passage à vide et qu’il « se refera la cerise » dans les dix prochaines minutes. Par suggestion consciente, je l’oblige à se projeter vers la facilité et à oublier cette difficulté que j’invente éphémère. Ce qui m’amuse, c’est que, sans qu’il ne s’en aperçoive, je lui renouvelle mon « arnaque » toutes les 10 minutes jusqu’à l’avenue Foch où je devine des larmes couler sur les joues de cet homme d’une petite cinquantaine d’années. 2h59’50’’ ! C’est une explosion de joie ! « C’est mon 13ème marathon et c’est la première fois que je descends enfin sous cette barre mythique des 3h00’… ». Comme un skipper qui franchit la première fois le Cap Horn ou un alpiniste qui atteint son premier Everest, « Le plus beau jour de ma vie après mon mariage et la naissance de mes trois enfants » me lâche-t-il en me serrant fort dans ses bras… Comme une fièvre, il est en ébullition et son bonheur est tellement communicatif qu’il réussit à me faire pleurer à mon tour. Cela parait tellement invraisemblable qu’un homme de cet âge qui semble avoir tout réussi dans sa vie professionnelle et personnelle puisse encore être en transe à ce point et, uniquement, par le fait d’un chrono. C’est pour moi toujours aussi incroyable d’imaginer qu’un jeu sans enjeux aussi simple que courir peut procurer un tel niveau d’émotion. Et ce qu’il y a de plus merveilleux, c’est qu’à ce jeu, on a beau être plus de 50 000 au départ, personne n’est plus privilégier qu’un autre. Tout le monde, aura le droit à ce bonheur phénoménal !

 

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