Aujourd’hui, à l’été 2018, la France compte plus de 10 millions de runners (et bientôt autant de lecteurs running4all.fr)… Alors simple phénomène de mode ? Prise de conscience ? Bienfaits avérés ? Pourquoi court-on ? Et si la course à pied était un révélateur de classes sociales ?

Par Jean-François Tatard – Photos Adidas / DR

Le running séduit un public de plus en plus large depuis quelques années. Un autre truc, chaque année les stats du marathon de Paris nous confirme aussi une féminisation de la discipline de plus en plus importante. D’ailleurs quel âge à le runner ? Quel est son métier ? Quelle est son origine ?

Qui est le runner ?

L’idée que je me fais du runner des années 2020 c’est qu’il est plutôt autour de la quarantaine et plutôt aisé. Mais, on va ranger les a priori au fond de la poche et on va observer défiler les milliers de finishers qui ont le droit à leur médaille à l’arrivée…

Quand on demande aux gens qui courent…

  • La première raison invoquée à la pratique du running c’est d’améliorer leur condition physique.
  • La deuxième raison est l’amélioration de la santé.
  • La perte de poids arrive seulement en troisième position

Ce ne sont pas les résultats de mon enquête. Ce sont celles de la Fédération Française d’Athlétisme. Ces réponses confirment que la course à pied vient appuyer le mouvement « healthy life » qui est en en train de conquérir le monde entier. En onze ans d’activité pour la même entreprise de 2003 à 2014, j’ai d’ailleurs vu fabuleusement évoluer les mentalités à ce sujet. Un mode de vie sain. Une vigilance sur l’alimentation. Un contrôle des provenances ou de la responsabilité de chacun. Petit à petit, le phénomène a pris une place de plus en plus importante dans l’organisation et l’axe de développement des ressources humaines en entreprise.

Phénomène de mode

Si la course à pied prend autant d’ampleur dans notre société, les marques n’y sont pas pour rien, et le marketing autour de cette pratique attire de plus en plus d’adeptes. Elle est de plus en plus mise sur le devant de la scène par les grandes enseignes sportives comme Asics, Nike, Adidas. On assiste aussi à la « fashionnisation » de ce sport, avec un marketing impressionnant autour des accessoires sportifs liés au running. Rien d’étonnant au fait que le deuxième moyen le plus utilisé pour s’informer sur le running soit les sites internet de ces marques. En revanche, l’un des atouts majeurs du running est qu’il peut être pratiqué par n’importe qui, n’importe quand et avec presque aucun équipement. Ce n’est donc pas un sport qui nécessite des infrastructures spéciales, ni d’équipe…

« L’un des atouts majeurs du running est qu’il peut être pratiqué par n’importe qui, n’importe quand et avec presque aucun équipement. »

Alors, la course à pied : un sport de riche ?

J’avais déjà lu une étude publiée par le magasine Sport & Vie, qui disait que la pratique du sport augmente avec le niveau de diplôme et donc le niveau de vie. Ce qui reviendrait à dire que plus le niveau de vie augmenterait plus on courrait. Pourtant je n’en suis absolument pas convaincu. Les jeunes, les personnes diplômées ou bien insérées socialement ont la pratique sportive la plus diversifiée, ça c’est vrai. Néanmoins, pour une activité singulière comme le running, je suis déjà beaucoup moins d’accord.

La Pyramide de Maslow

À quel besoin correspond la course à pied ? Elle est là la question. Ce n’est pas le running qui définit la classe sociale. Et encore moins la classe sociale qui définit la pratique du running. Grands, petits, gros, maigre, riche, pauvre, noir, blanc, maghrébin, asiatique, ouvrier, cadre, valide, handicapé, sympa, con, jeune, vieux, homme, femme, etc, etc. Impossible de statuer. Le running correspond à un besoin. Et en fonction de chacun. Il est différent. Un besoin physiologique pour certains. Un besoin de sécurité pour d’autres. Un besoin d’appartenance pour beaucoup. Mais aussi un besoin d’estime et encore de plus en plus souvent un besoin d’accomplissement.

L’accomplissement

Pour les non-initiés, la course à pied apparaît souvent comme une lutte perpétuelle contre la souffrance d’un corps mis à rude épreuve. Il est évidemment difficile d’imaginer que l’on puisse prendre du plaisir à se faire mal. Oui mais voilà, courir ce n’est pas que ça…

« Enfiler une paire de chaussures de running pour la première fois, c’est un peu comme prendre un aller simple pour une destination inconnue. »

Enfiler une paire de chaussures de running pour la première fois, c’est un peu comme prendre un aller simple pour une destination inconnue. Je ne vais pas vous mentir au début ça fait mal. Mais rapidement, on découvre le cadeau caché. Pour commencer il y a la découverte du corps, celui-là  même qui vous porte depuis votre naissance et qui d’un seul coup vous apparaît comme étranger. Il va falloir apprendre à l’apprivoiser, à l’écouter, mais aussi parfois à le dominer pour ne pas sombrer dans la facilité. Sentir ce corps bouger, se mouvoir dans l’espace, d’abord doucement, autour de la maison, dans un parc ou le long d’une rivière, puis un peu plus loin.

La bonne nouvelle

Progressivement votre rapport à la course à pied évolue. Le corps s’habitue à l’effort jusqu’à l’assimiler totalement. Courir devient une évidence, une seconde nature. Nul besoin d’être un grand champion pour toucher du doigt ce sentiment.

Alors c’est pour qui ?

La course à pied est un sport simple qui permet à chacun de s’exprimer en fonction de son niveau et selon ses propres capacités. Les prédispositions physiques de chaque individu ne permettent pas à tous les coureurs de briguer des places d’honneur, mais qu’importe, car finalement le bénéfice est le même pour tous. Le running se pratique avec les jambes, mais aussi avec la tête. Si le corps est capable d’accomplir de grandes choses, que dire alors du pouvoir de l’esprit ? En véritable chef d’orchestre, c’est le cerveau qui rythme la foulée et peut même le cas échéant se substituer au corps quand celui-ci vient à lâcher. L’esprit du coureur puise ses forces dans l’accomplissement, dans l’atteinte des objectifs personnels mais aussi dans le simple fait de courir. Comme électrisé, le corps est parfois envahi d’un frisson qui frappe de part en part. Tout devient facile, le poids de la fatigue s’évanouit. S’instaure alors une forme de plénitude inexplicable, le sentiment que rien ne peut plus vous arriver.

Ce bref moment de grâce, voilà après quoi nous courons quotidiennement. Sous l’emprise des endorphines l’esprit semble flotter au dessus du corps, les sensations sont décuplées, courir devient facile. C’est donc ça le grand frisson de la course à pied et la dernière bonne nouvelle c’est que la course c’est pour tout le monde…

 

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