Il n’est pas encore 5h00 du mat’ que vous êtes déjà en train de courir la frontale autour de la tête. Visiblement ce n’est pas qu’une exception puisque vous y retournez le lendemain. Puis le surlendemain. Et ainsi de suite jusqu’à vous rendre compte que cela fait déjà plusieurs mois que ça dure sans aucune journée d’interruption. Peut-être ne le saviez-vous pas mais peut-être êtes-vous bigorexique ?

Par Jean-François Tatard – Photos : Brooks / DR

Comme tout ce qui est bon, il y a un risque d’addiction. Ne rigolez pas ! Oui, on peut devenir addict à la course à pied. J’en fais partie, t’en fais partie, ils et elles en font partie. Et voilà comment on conjugue le verbe « en faire partie » au présent de l’indicatif. Le running comme beaucoup d’autres sport et plus spécifiquement d’endurance, peuvent finir par occuper une place disproportionnée dans l’identité de la personne et générer des conflits entre le sport en question et d’autres aspects de la vie. Et si vous n’avez pas encore lu le livre de notre Bixente LIZARAZU, le nouveau vilain mot à la mode pour décrire ce nouveau mal est en l’occurrence la bigorexie. Il s’agit d’une vraie maladie reconnue d’ailleurs par l’OMS et qui se soigne même en psychiatrie du sport.

LA DÉFINITION

Les spécialistes du Centre d’Etudes et de Recherches en Psychopathologie désignent l’addiction au sport par ces termes : « Besoin irrépressible et compulsif de pratiquer régulièrement et intensivement une ou plusieurs activités physiques et sportives en vue d’obtenir des gratifications immédiates et ce malgré des conséquences négatives à long terme sur la santé physique, psychologique et sociale. »

QU’EST-CE QU’ON FAIT DE L’ÉPANOUISSEMENT ?

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Cette définition paraît tellement éloignée de la quête d’accomplissement dont on fait le plus souvent éloge habituellement dans nos articles sur running4all.fr. Nous devons donc mettre en garde et freiner les potentiels excès de façon à ne préserver que les bénéfices et les intérêts de cette passion fabuleuse.

PLANIFICATION

Une règle simple pour dévier ce risque consiste à programmer son entraînement, afin de ne pas se laisser emporter par son envie parfois irrépressible. Si vous prenez conscience de votre « problème », vous devez mettre en place une planification et faire en sorte qu’elle soit strictement suivie. Il en sortira une gratification freinant ainsi vos « ardeurs de coureur compulsif ». Si cela n’a pas d’effet, une prise en charge psychologique est peut-être à envisager… Mais avant d’en arriver là, se fixer un objectif, suivre un plan pour atteindre le résultat, apprendre une logique d’entraînement avec ces différentes phases (développement, assimilation, surcompensation, affûtage, récupération) est déjà une bonne façon de se préserver.

DES CHIFFRES & DES ÉTUDES ?

Malgré bon nombre de recherches de ma part, Difficile de trouver des études fondées sur le sujet. Néanmoins de mon investigation ce qu’il en sort c’est que :

  1. Ceux qui pratiquent de manière intensive le running ont finalement la même espérance de vie et que ceux qui n’ont aucune activité physique.
  2. Courir provoque beaucoup de bonnes sensations, donc vous cherchez forcément à les retrouver.
  3. Le dosage de sport dans la semaine dépend des caractéristiques très intimes et personnelles de chacun. Le seuil de tolérance raisonnable est donc très subjectif.

LES LIMITES ET LE MOMENT OÙ ON ATTEINT LE DANGER !

Nos limites sont très difficiles à déterminer. Parce qu’elles sont souvent biaisées par tout un tas d’éléments extérieurs. Mais aussi parce que nous sommes tous différents. À mon sens, le bon indicateur c’est quand-même quand la contrainte est supérieure au plaisir. Gardez le « plaisir » comme maître mot ! Du « plaisir » j’en écrirais un livre si on me le permettait. Et si Dieu existe c’est pour moi la ressource la plus précieuse qu’il nous a légués. Sa valeur est inestimable. Au-delà du bien être le plaisir favorise l’apprentissage, l’excellence, et dope la productivité.

TÉMOIGNAGE PERSONNEL

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« Je fais du sport depuis l’âge de 5 ans et entre 15 et 20 heures par semaine depuis l’âge de 13 ans. Ça ne m’a pas empêché de faire des études supérieures. Et aujourd’hui que j’en ai bientôt 38, j’en passe une dizaine d’autres en plus à écrire et à coacher et parfois même plus. À côté, je travaille en moyenne 45 heures par semaine pour un job qui n’a rien à voir avec le sport et je passe 2 heures par jour au minimum dans les transports, pourtant ça ne m’empêche pas de passer du temps avec ma femme et mes deux enfants, de m’occuper de ma maison et d’avoir une vie sociale épanouie avec ma famille et mes amis ». Même si je suis conscient du danger et que cet équilibre demande pour être préservé beaucoup de vigilance de ma part et de bienveillance de mon entourage, je ne relève pas d’effets négatifs de cette pratique intensive. Au contraire… Si le bonheur se quantifiait sur une échelle de 0 à 10, au quotidien, je situerais le mien à 11 !

QUELS SONT LES GENS LES PLUS À RISQUE ?

Les gens qui « tombent » dans la bigorexie ne font le plus généralement pas du haut niveau. Ce sont des gens qui se sont rendus compte qu’en courant ils allaient perdre du poids, ou se sentir plus heureux. Ils développent certaines hormones. Endorphine, dopamine, adrénaline. Et en deviennent accros. Souvent ce genre de coureurs ne prépare pas de compétition. C’est un aspect qui va de pair avec la pratique de masse. La course à pied étant populaire, elle amène des hordes de sportifs amateurs qui s’entraînent de manière très intensive en se passant des conseils de professionnels de la santé et du sport. Les dégâts de cette pratique sur le long terme seront forcément associés à la bigorexie. Et pourquoi le running ? Le running c’est pratique, on court à n’importe quelle heure, n’importe où, aucune contrainte horaire…

GARDEZ LE CONTRÔLE

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Vous avez plusieurs alarmes à votre disposition ? Si vos performances diminuent, que vos références chronométriques baissent, que l’envie s’en va et que la contrainte fait de plus en plus régulièrement son apparition et dans une durée de plus en plus longue : méfiance ! C’est comme pour tout. Le poison est dans l’excès. Tout est toujours question d’équilibre. Apprenez à vous écouter ! Qu’est-ce que signifie l’excès ? C’est tellement subjectif. Faites ce que vous aimez dans un dosage qui est le vôtre. Soyez libre de vos choix. Ne regrettez rien. Mais par pitié, faites-vous juste kiffer 😉

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