Vous connaissez la maladie du siècle ? La maladie du siècle c’est la sédentarité. Et vous connaissez le meilleur remède à la sédentarité ? C’est l’activité physique. En effet, les sports d’endurance dont fait partie la course à pied sont un excellent moyen pour lutter contre les maladies cardiovasculaires. Mais alors une autre question : faut-il sacrifier nos articulations pour sauver notre cœur ? Oui mais voilà… L’arthrose en voilà une autre plaie qui nous enquiquine la vie ! Comment la limiter ? Est-il possible de la contrôler ? Comment se protéger d’un vieillissement prématuré de nos articulations ?

Par Jean-François Tatard – Photos : DR

 

LA MÉMOIRE DU CORPS

Il est sympa le corps. Mais il se rappelle de tout, il « mémorise », sans rien dire, pendant plusieurs années, l’ensemble des contraintes que vous lui avez infligé. Oui mais voilà, il encaisse jusqu’à un certain seuil. Outre ce travail supplémentaire imposé par le sport sur nos articulations, d’autres éléments sont à prendre en compte : tous les traumatismes antérieurs. Les lésions ou les chirurgies de l’appareil locomoteur, même anciennes, sont des facteurs de risque certains. L’âge aussi ou le vieillissement naturel qui fait aussi son (mauvais) œuvre. On sait que, passé un certain âge qui se situerait autour des 60 à 65 ans, 80% d’entre nous ont des signes cliniques d’arthrose.

DONNEZ-VOUS L’OBJECTIF DE COURIR LE MARATHON POUR VOS 70 ANS !

 

Vous devez vous interroger sur l’accélération possible du vieillissement de votre appareil locomoteur ! Vous devez vous interroger sur la gestion de vos articulations sur le long terme. Le but d’un sportif devrait être de pouvoir courir un marathon à 70 ans et non d’être arthrosé à 50. Cette vision longitudinale de l’appareil locomoteur est essentielle dans une « vie » de coureur passionné. Mais comment trouver le bon dosage ? Comment se protéger du vieillissement par les chocs et les traumatismes du running en entretenant pourtant d’un autre côté une activité en course à pied sans danger ?

LE POISON EST DANS LA QUANTITÉ

Pour bien vieillir, au niveau cardiaque et articulaire, il faut faire du sport mais éviter une dose trop importante et intensive, à répétition. Les coureurs à pied sont-ils d’ailleurs moins, autant ou plus arthrosés que les non sportifs ? Difficile de répondre à cette question. Je ne trouve pas d’études à ce sujet. Il est vrai que les sujets sont difficilement comparables, car les signes d’alerte d’arthrose (douleur, gonflement) et les antécédents articulaires sont différents entre les populations sportives et non sportives.

QUELS SONT LES SIGNES ?

 

Les signes d’alerte d’arthrose ne sont pas toujours présents malheureusement. Je m’explique : la douleur articulaire, pendant l’effort, est un bon signe de « possible » arthrose.  Mais cette douleur est souvent absente chez le coureur à pied, au stade précoce de la maladie, par rapport à un sujet non sportif. Le sportif semble mieux supporter la dégradation articulaire. Chez lui, la douleur n’apparaît que pour une arthrose déjà très évoluée.

LES ANTÉCÉDENTS

On sait que les traumatismes aigus comme les entorses et les fractures, sont plus fréquents dans une population sportive. Or ces lésions, même a priori guéries, sont, avec le temps, une source d’accélération des maladies dégénératives des articulations. Par exemple, un sportif qui a subi une chirurgie méniscale jeune, a plus de risque de faire de l’arthrose de genou, à 50 ans. Donc, le coureur à pied qui a eu des accidents sérieux sur l’appareil locomoteur doit être mieux suivi, médicalement, que le sportif indemne de tout antécédent. Cette notion est capitale en traumatologie du sport.

MIEUX VAUT PRÉVENIR QUE GUÉRIR

Essayons donc de prévenir en surveillant nos articulations à partir de 40 ans lorsque l’on fait régulièrement du sport depuis sa plus tendre enfance, et encore plus s’il existe des antécédents articulaires. Et alors je sais que vous allez me la poser : y-a-t-il une dose de course à pied maximum à ne pas dépasser ? L’os, le cartilage, les ligaments, les tendons et les muscles réagissent de manière favorable lorsqu’ils sont entraînés très régulièrement. Donc la pratique de la course à pied est bénéfique pour la qualité articulaire et ainsi retarder les dégâts des années qui passent ! De plus, l’entretien régulier de l’appareil locomoteur, par la pratique de la course à pied, améliore la qualité de vie. Ceci étant dit, il semble, malgré tout, que plus de 50 kilomètres hebdomadaires de course à pied avant 50 ans, soient une possible cause d’accélération de l’arthrose. C’est une hypothèse sérieuse mais qui demande à être validée. Malgré tout, cette quantité presque banale pour de nombreux coureurs à pied, doit nous faire réfléchir. Y-a-t-il une technique de course plus ou moins nocive ? Tous les kilomètres sont-ils égaux ? L’usure articulaire est-elle égale pour une course sur route ou sur herbe ? La qualité des chaussures est-elle indispensable pour économiser les articulations ? Globalement c’est la quantité cumulée des kilomètres courus qui est capitale et non les différentes pratiques. C’est comme pour l’usure des pneus de la voiture : ce n’est pas l’âge de la voiture qui est important mais le nombre de kilomètres roulés. Les articulations encaissent sans rien dire pendant des années, les multiples foulées courues, avant, parfois, de se manifester par une douleur. 

TUONS LA RUMEUR !

 

Il faut chasser une idée reçue qui existe dans le milieu : non le trail n’est pas meilleur que la course sur route, pour les articulations. Croyez-vous que le chemin côtier est plus souple que le bitume ? De toute façon, le problème n’est pas vraiment sur la souplesse du terrain mais dans le dénivelé. Un marathon se court certes sur route mais sur terrain plat, généralement. Sur le plat, les articulations porteuses subissent, environ, 6 fois le poids du corps, à chaque foulée. Lorsque l’on court en descente, cela peut monter jusqu’à 10 fois le poids du corps.

ET ALORS LE MATÉRIEL ?

La qualité des chaussures est importante pour participer à l’économie articulaire. Et cela passe aussi par un amorti de qualité. Mais trop d’amorti n’est pas la solution non plus. Plus il est puissant, plus la poussée qui va suivre sera difficile. Pensez à la course dans le sable qui amorti bien mais qui impose une poussée plus « énergique » et éventuellement délétère. Là encore, il faut réfléchir sur notre « amorti naturel » de la course en cycle avant.

POUR CONCLURE

 

Sachez-le, cher runner, vous sollicitez de toute façon plus que le sédentaire votre appareil locomoteur. Et c’est bon pour votre santé. Mais à partir de 40 / 45 ans, comme vous devez le faire pour le cœur, vous devez vérifier l’intégrité de vos articulations. Faites durer le plaisir ! Picorer sans trop borner ! Dégustez sans jamais vous dégoûter et gardez à l’idée qu’une course à pied bien mesurée et contrôlée, vous fera cavaler toute une éternité…

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