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Boire ou courir ?

Normalement, « boire ou courir, il faut choisir ». Pourtant, il n’est pas rare que les périodes d’après compét’ soit arrosées plus que de raison. Et de la même façon que les tendances excessives sont assez caractéristiques de notre population nous les sportifs, nous présentons, a priori aussi plus de risques et de prédispositions aux addictions. Ainsi, quel comportement devons-nous adopter face à l’alcool ? Si déguster un verre de vin ou partager une mousse avec vos amis est un plaisir, alors de quelle façon est-il possible de consommer de l’alcool tout en pratiquant la course à pied ? Faut-il interdire l’alcool aux sportifs ? Faut-il la limiter ? On fait quoi quand on l’apprécie autant qu’on apprécie courir ?

Par Jean-François Tatard – Photos : DR

L’alcool fait souvent et pour beaucoup parti des petits délices de la vie mais on ne peut pas oublier les conséquences possibles à trop en consommer et il est important aussi de gommer les fausses idées sur son sujet !

  1. l’alcool perturbe la qualité du sommeil
  2. l’alcool ralentit la resynthèse du glycogène musculaire
  3. l’alcool perturbe les mécanismes de régénération musculaire et osseuse post-exercice 
  4. l’alcool déshydrate 
  5. la bière n’accélère pas le processus de récupération.

LE SÉDENTAIRE EST UN PRIVILÉGIÉ 

Je ne sais pas si vous le saviez mais en pratique, la consommation d’alcool est même plus préjudiciable pour un sportif que pour un sédentaire. Pourquoi ? Parce que chez un sportif, la période de récupération qui suit un entraînement joue un rôle majeur dans la progression. Et dans cette période, qu’on peut associer à la surcompensation pour ceux qu’on lu mon dernier article sur le sujet, la mise en œuvre de stratégies de récupération efficaces doit être un « incontournable ». 

-> Voir aussi : La surcompensation

LES EFFETS

La consommation d’alcool post-course  provoque, au niveau des processus physiologiques, un certain nombre de perturbations. Par exemple, l’alcool est un diurétique et favorise ainsi la déshydratation. C’est simple plus le degré d’alcool est élevé, plus le phénomène de déshydratation est notoire. 

LEÇON DE CHIMIE !

Pour une consommation d’un verre de 25 ml d’alcool à 40 %, qui correspond à 15 ml d’eau couplé à 10 ml d’éthanol pur, cela engendre une production de 100 ml d’urine, soit un déficit net de 85 ml. Or, elle est une étude parue dans Sport & Vie qui révèle que le seuil à partir duquel l’état de déshydratation post-exercice peut être aggravé par la consommation d’alcool se situe à 4 %. 

ET POUR LES ALCOOLS FAIBLES ?

Si vous consommez de l’alcool de façon plus diluée (de la bière, du cidre et certains vins) l’effet sur la « diurèse » apparaît plus négligeable. Mais il n’est pas inexistant. 

EFFETS SUR LES MUSCLES

L’alcool perturbe aussi les mécanismes de régénération musculaire. Plusieurs travaux scientifiques ont mis en évidence que boire de l’alcool après l’effort ralentit la récupération des microlésions musculaires. Notamment, il ressort que la récupération est significativement ralentie par une consommation modérée d’alcool intervenant après une séance d’entraînement. 

CHOISIR SON MOMENT !

Tout n’est pas cirrhose dans la vie ! T’as aimé le jeu de mot ? En tous les cas, il ne s’agit pas de supprimer l’alcool. L’alcool a quand-même suffisamment de bienfaits sur le plaisir et l’aspect sociétal et social pour que nous ne le supprimions pas. Néanmoins, il est préférable d’en éviter sa consommation après les séances. C’est juste ça ! Et pour une raison simple, c’est qu’il fragilise les tissus et par voie de conséquence qu’il risque de favoriser les blessures. 

L’ALCOOL COMME CARBURANT

Lorsqu’on reconsidère le sucre disponible dans l’alcool et parallèlement la nécessité de nos muscles à carburer sur ce combustible, on pourrait hâtivement penser qu’il y a aussi matière à utiliser la « boisson d’ivresse » comme carburant. Pourtant : méfiance ! L’alcool ralentit la resynthèse du sucre ou du glycogène. Il est aujourd’hui bien établi que la consommation d’alcool a de nombreuses conséquences sur le métabolisme des sucres (carburant de l’effort), tant sur le plan hépatique que musculaire. Plusieurs travaux expérimentaux ont notamment montré comment une faible dose d’alcool ingérée après une séance d’exercice peut ralentir de manière significative la synthèse du glycogène au niveau du foie et des fibres musculaires. Cela doit donc nous inciter à veiller (malheureusement pour beaucoup et moi compris) à limiter au maximum la consommation d’alcool lorsque la dépense énergétique engendrée par l’entraînement ou la course est particulièrement élevée. 

ET LA BIERE DANS TOUT ÇA ?

Boire de la bière après un exercice physique favorise-t-il autant qu’on le dit la récupération ? C’est quand-même très courant d’entendre dire que la consommation de bière peut améliorer la récup’… J’aurais tellement aimé vous dire que c’est vrai ! Mais finalement, on constate que la consommation de bière après la course perturbe les mécanismes de réhydratation et accroît les pertes électrolytiques (sodium, potassium, calcium, magnésium). Plutôt « brune » ou plutôt « blonde » ? Plutôt « belge » ou Plutôt « allemande » ? Plutôt Super bock ou plutôt Grimbergen ? Plutôt Guiness ou plutôt Chouffe ? En vrai, peu importe : quel que soit votre choix, votre bière dépasse les 4% en alcool et son grammage est donc au-delà du seuil à partir duquel l’alcool stimule la diurèse. Arf ! Mais pourquoi tout ce qu’on aime boire ou manger n’est pour la plupart du temps pas bon pour la santé ?

LA PRISE DE POIDS 

L’alcool représente en soi une source d’énergie non négligeable puisque l’éthanol a une densité énergétique élevée. Ainsi, la consommation d’alcool est donc susceptible d’influer sur les apports énergétiques du sportif. Malheureusement, l’alcool a également des effets indirects sur le métabolisme puisqu’il réduit l’oxydation des graisses, favorise l’augmentation de la taille des adipocytes et accroît la concentration des triglycérides dans le sang. En d’autres termes, boire de l’alcool favorise une balance lipidique positive et, en conséquence, l’augmentation de la masse grasse à moyen terme, notamment au niveau abdominal. Si en plus vous y rajouter quelques poignées de cacahuètes : bingo, vous ferez jackpot !

ET LA QUESTION INVERSE ?

La pratique d’une activité physique pourrait-elle gommer les effets d’une consommation d’alcool ? Ça, ça serait cool… Alors, est-ce que comme moi, vous avez l’habitude de vous sanctionner le lendemain d’une cuite ? Et mince, là encore : faire du sport ne permet pas de réduire les effets d’une consommation abusive d’alcool sur la santé.

LE SPORTIF TIENDRAIENT MIEUX L’ALCOOL 

Alors oui, les sportifs tiendraient mieux l’alcool parce que leur corps serait plus adapté, plus résistant, plus performant, plus entraîné. C’est un peu comme dans le blockbuster américain Captain America. Vous l’avez vu ? First Avenger, c’est sorti en 2011. Le héros, joué par Chris Evans, en pleine Seconde Guerre mondiale, souhaitait se saouler pour oublier l’échec d’une mission et se rend compte, à cause de sa force et de ses capacités surhumaines, génétiquement modifiées, qu’il ne peut plus ressentir les effets de l’alcool, malgré deux bouteilles vidées dans le gosier. 

CONCLUSION

Ne vous prenez pas pour Captain America. Ne pensez pas qu’en vous enfilant trois pintes de bière à la suite, vous pourrez récupérer de votre séance de course à pied. Profitez de votre 31 mais surtout, prenez soin de vous ! Et si « picoler » est pour vous autant que pour moi un plaisir, ne vous en privez pas ! La vie est courte et il faut en profiter. Néanmoins, elle offre suffisamment d’autres délices à déguster pour picorer de toutes les béatitudes qui nous font plaisir sans se réfugier exclusivement vers le breuvage qui fait le plus sourire mais qui peut aussi faire vomir…

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