Samedi 1er décembre 2018, c’est le grand jour. Il y a maintenant plusieurs semaines que je m’entraîne pour atteindre la ligne d’arrivée d’une SaintéLyon plus longue, avec plus de dénivelé.

Par Romain Frocione – Photos : DR

18h : boulot fini, je monte dans la salle de pause pour me préparer. Je commence à me mettre dans ma petite bulle et une fois prêt, je redescends dans le magasin pour un ultime soutien de la part de mes collègues. 19h30 : avec Lucile nous rentrons à la maison peaufiner quelques détails avant de me déposer à Quincieux pour le grand départ. Me voilà prêt le ventre rempli de pâtes, le mental dur comme fer et les jambes qui trépignent d’impatience. Derniers bisous et câlins avec ma très belle Lucile.

21h : c’est le départ, nous partons avec deux autres collègues pour Saint-Etienne. Dans la voiture c’est le calme total, je suis dans ma bulle, je me concentre au maximum en fermant les yeux, je fais le vide… Je suis près de la ligne, je m’équipe. L’ambiance est à son comble, la pluie commence à tomber mais rien ne m’arrêtera cette année, je suis déterminé.

23h30 : la première vague démarre, un quart d’heure après c’est la deuxième, puis la troisième, puis c’est mon tour, à 0h20 je passe le portique de départ, c’est parti pour une longue et belle nuit de course. Les premiers kilomètres sont sur le bitume, il commence à beaucoup pleuvoir, je sais qu’il ne faut pas partir aussi vite que les autres années, tout était prévu avec mon coach pour que je parte sur une vitesse de 7 km/h. Les cinq premiers kilomètres sont difficiles, j’ai les jambes lourdes et je n’arrive pas à avancer. Première difficulté : une belle montée qui, malgré les jambes, se passe plutôt bien. Une fois en haut je relance immédiatement et nous voilà partis sur de la descente et du replat, je tiens l’allure au mieux, la tête et les jambes répondent présents, je souris.

Arrivé au premier ravitaillement kilomètre 19, Saint-Christo-en-Jarez, je sympathise avec deux jeunes d’à peu près mon âge qui faisaient la SaintéLyon pour la première fois. Ils me demandent beaucoup de conseils et posent beaucoup de questions, je réponds au mieux puisque c’est ma sixième participation. Nous nous séparons rapidement après ce bref échange. Ils partent devant, quant à moi je reste sur la retenue jusqu’au signal comme c’est prévu. Le temps est de pire en pire, le vent s’est levé et la pluie me fouette le visage. Chaque descente est d’une concentration maximale, les pieds complètement immergés dans la boue, j’avance tant bien que mal.

« C’est fou, plus un bruit, seulement celui de nos pieds dans les flaques et la respiration forte de certaines personnes. »

Kilomètre 32, me voilà au ravito de Sainte-Catherine en pleine forme, petite photo pour dire que tout va bien : d’ailleurs ça se voit sur mon visage. Je remplis mes flasques, mange un quart de banane, une madeleine et un verre de soupe bien chaude. C’est reparti direction le kilomètre 46 pour le prochain ravito. Très vite je sens que les difficultés arrivent, me voilà au pied de la montée du bois d’Arfeuille qui ne m’est pas inconnue puisque je l’ai déjà montée et descendue une année. Je me retrouve les mains sur les genoux à grimper, c’est une belle montée, dans le silence le plus total. C’est fou, plus un bruit, seulement celui de nos pieds dans les flaques et la respiration forte de certaines personnes. Je prends le temps de me mettre sur le côté et d’observer ce si beau ballet de frontales au loin : c’est magique. J’en suis ému, je sais et je sens que je vais le faire, pourtant il me reste encore plus de la moitié. Les mains sur les cuisses j’arrive en haut du bois d’Arfeuille. Nous redescendons puis enfin me voilà au pied du signal, à l’endroit même où j’ai jeté l’éponge en 2017… Je suis tellement heureux d’être à cet endroit précis que les larmes coulent sur mon visage. J’attaque la montée en trottinant puis à certains moments en marchant. Dans ce moment de joie ma frontale tombe en rade, heureusement j’ai ma frontale de secours, malheureusement elle éclaire beaucoup moins et le brouillard fait son apparition, je ne vois rien ! Je continue mon chemin en me concentrant sur chacun de mes pas et j’arrive enfin au sommet du signal kilomètre 43, c’est ému que je redescends sur 3 km pour rejoindre le ravitaillement de Saint-Genou kilomètre 46. Je suis dans une forme épatante. Comme à chaque ravitaillement je mange et remplis mes gourdes, et me voilà reparti.

Les kilomètres s’enchainent, les montées se font rares, beaucoup de descentes qui sont très techniques d’une part à cause de la pluie et du brouillard, mais surtout à cause de la boue qui ruisselle sous les chaussures. Kilomètre 57, c’est la chute… Aïe, je me relève avec une belle douleur à l’arrière de la cuisse puis je me rends compte que mon lacet a cassé. Une dame qui était derrière moi me demande si tout va bien, je lui réponds que oui et qu’elle peut continuer son chemin. Je reprends la route en boitillant et plusieurs kilomètres plus loin j’atteins le ravitaillement de Soucieu-en-Jarrest, kilomètres 61. Je décide de faire une belle pause car depuis ma chute la douleur ne cesse d’augmenter. Je demande alors des cachets à un bénévole qui me donne un Spédifen. Je vais m’asseoir un peu plus loin sur le banc, puis je décide alors de me changer car je suis trempé. Je change de chaussettes, de pantalon et je décide d’aller me ravitailler. Voilà maintenant 15 minutes que je me suis arrêté, il faut repartir. Le démarrage est difficile, ma cuisse me lance à chaque pas ! Il me reste 20 km, je reçois beaucoup de messages de soutien de mes proches, de mes amis, collègues de travail, belle famille, tous ces messages tombent à pic.

« C’est de plus en plus difficile de faire un pas devant l’autre et pourtant je garde le sourire et j’avance. »

Les kilomètres s’enchainent, mais pas rapidement, je marche plus que je ne coure, je serre les dents. Mes jambes se raidissent, c’est de plus en plus difficile de faire un pas devant l’autre et pourtant je garde le sourire et j’avance. Kilomètre 70, me voilà au ravito de Chaponost. Enfin du saucisson et du pain, rien de tel pour me redonner la patate ! Je ne m’arrête pas longtemps pour ne pas refroidir mes jambes, plus que 11 km à parcourir. Je suis maintenant face à une ultime montée, celle des aqueducs de Lyon ! Aaahh, je la connais bien celle-ci, beaucoup l’appréhendent, mais je l’avale en moins de deux. Toujours très déterminé, une fois en haut je continue mon bout de chemin en trottinant malgré ces douleurs qui deviennent aiguës et qui me font même douter…

Dernière descente, puis dernière montée, me voilà maintenant en train de descendre les fameux escaliers avant d’atteindre les quais de Saône, puis la traversée du pont Raymond Barre où la pression redescend. Dernière ligne droite, j’oublie tout et me voilà face à cette arche que je vais passer pour la 5 ème fois où m’attendent ma maman, ma marraine, ma sœur, mon amour…. Je m’effondre, me voilà finisher de la SaintéLyon la plus longue de l’histoire : 81 kilomètres, 2400 D+, en 14:56:56 s. Je vous dis merci, merci à tous ceux qui ont cru en moi et qui m’ont soutenu tout au long de mes semaines d’entraînement, mais aussi tout au long de la nuit où j’ai reçu de nombreux messages de soutien, je vous remercie 1000 fois ! Mais je remercie également les trois étoiles qui ont veillé sur moi toute la nuit, vous avez été ma force, mon mental, vous m’avez emmené jusqu’au bout ! Une dernière petite chose, j’ai enfin pris conscience de l’expression « ALLER AU BOUT DE SOI MÊME ».

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