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Jakob Ingebrigtsen, le petit prodige

Il y a quelques mois, à l’occasion des championnats d’Europe d’athlétisme à Berlin, le monde du sport « découvrait » un phénomène rare. Un enfant prodige comme le sport nous en offre de temps en temps mais suffisamment rarement pour qu’on s’y attarde quelques temps. Jakob Ingebrigtsen !

Par Jean-François Tatard – Photos : DR

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, ce jeune garçon d’origine norvégienne de 17 ans s’est révélé au grand public en remportant coup sur coup le 1500 et le 5000 mètres des championnats d’Europe. Une précocité déconcertante qui fascine certains et des résultats impressionnants qui en invitent d’autres à la « suspicion » ou au mieux au scepticisme. 

INVESTIGATION

Ainsi pour écrire cet article je me suis amusé à lire tout ce qui pouvait m’intéresser sur ce fait extraordinaire. J’ai regardé sur YouTube des vidéos qui concernaient ce « joyau ». J’ai lu des articles de presse. J’ai observé les critiques. J’ai demandé à des gens qui l’ont déjà vu à l’œuvre. J’ai même été sur son compte Facebook. Et j’ai ainsi compilé quelques unes des informations qui me semblaient les plus pertinentes pour illustrer mon papier. 

QUI EST-IL ?

On va le découvrir, Jakob ne sort pas de nulle part. Et pourtant ce jeune loup à peine sorti de l’adolescence n’a rien d’un chef de troupe. Il est l’avant dernier d’une famille de quatre frères et sœurs. Et ses deux grands frères affolent également les chronos. Eux aussi font partie actuellement des meilleurs milers de la planète. Le plus âgé, Henrik Ingebrigtsen a déjà été finaliste olympique sur 1500 m à Londres. Il n’avait que 21 ans. Il compte aujourd’hui 6 médailles internationales. 

Le second, Felip, a battu cette année le record de Norvège du 1500 m en 3:30:01. Et cet hiver il a gagné le championnat d’Europe de cross-country devant tous les spécialistes et les Est-Africains naturalisés opportunément par des pays qui ont su monnayer leur nouvelle « appartenance ».

MAGIE GÉNÉTIQUE ?

De mémoire de sportif passionné, je ne me souviens pas avoir déjà vu dans le monde de la course à pied et même du sport (les sœurs Williams peut-être) une famille réaliser ce que la fratrie Ingebrigtsen est en train de réaliser. Depuis qu’ils ont chaussé leur premières runnings, c’est le papa qui entraîne ces trois prodiges. Pourtant, d’après mes recherches, il n’a jamais couru lui-même. Gjert est un ancien agriculteur pêcheur qui a appris le coaching de champions de façon complètement autodidacte et en observant ses fistons évoluer depuis leurs premiers pas. Sa recette n’a même rien de secret puisque leur quotidien fait l’objet d’une célèbre télé réalité en Norvège qui nous fait partager dans le détail toute leur actualité. Dans leur pays ce sont de vrais rocks stars. Tout le monde les connaît…

ET JAKOB ALORS ? 

Jakob est né le 19 septembre 2000. Et lorsque son grand frère, Henrik termine 5 ème en finale du 1500 m des JO à Londres il n’a que 12 ans, pourtant il court déjà lui-même le 1500 m en 4’21’’. En Minime, il réalise 3’48’’. Pour ceux qui ne réalisent pas l’ampleur de la performance, c’est précisément le même chrono que Mehdi Baala a l’époque recordman de France Cadet. Soit deux ans de plus. Et quand on sait la différence qu’il peut y avoir physiquement entre un gamin de 15 ans et un « pré-adulte » de 17 ans… En Minime toujours, il a porté le record de Norvège du 3000 mètres (et probablement d’Europe et du monde) à 8’25. À titre comparatif, il met 20 secondes au record de France de Florian Carvalho. 

SES RECORDS ?

SON SECRET ?

Aussi loin que j’ai pu remonter, je peux vous garantir que je n’avais encore jamais vu un athlète occidental s’entraîner aussi dur si jeune. Il a l’exemple de ses frères, ils vivent tous sous le même toit. Alors, les suivre à l’entraînement a très vite été son jeu favori. Dès son plus jeune âge, il prend un des 10×1000 de Henrik et Felip dans leurs foulées. Puis deux, l’année suivante. Et ainsi de suite jusqu’à partager l’intégralité de la séance avec eux il y a un an seulement. On ne se rend pas bien compte de ce qu’il a réalisé à Monaco l’été dernier sur 1500 m. 4ème de la course c’est bien et même fabuleux. On parle d’une course de Diamond League là quand-même et Monaco : c’est probablement le plus gros meeting de la planète, mais c’est son chrono surtout… Ce chrono de 3’31 représente tout simplement le 4ème meilleur chrono européen de l’histoire derrière Mo Farah, Mehdi Baala et son frère Felip qui, ce même jour, porta le record de Norvège à 3’30’’01. Et pas encore 18 ans nom d’un chien… 

UNE VITESSE HORS DU COMMUN 

Il faut voir la course. J’ai revisionné la course trois fois de suite. Elle est stratosphérique ! Jusqu’à l’entame du dernier tour, il est le dernier de ce peloton étiré comme une file indienne par un rythme tenu tambour battant par les Africains. Il remonte 10 mecs dans les 300 derniers mètres. J’ai revu la course en ne m’intéressant qu’à la sienne. J’ai pris le chrono. C’est simple, de tous, c’est celui qui a fini le plus vite. 39’’ au dernier 300 ! 

UN AVENIR PROMETTEUR 

Lorsque nous reconsidérons le déroulement des courses de championnats et qu’on sait comment le finish fait toute la différence lorsqu’il s’agit de ramener des médailles pour son pays, l’avenir de Jakob semble excessivement prometteur. Depuis Hicham El Guerrouj, il y a bien longtemps que je n’avais pas vu un athlète capable de finir si vite une course. Mais comment travaille-t-il ce finish ? Comment a-t-il fait pour en arriver là ? 

SON ENTRAÎNEMENT ? 

Je risque bien de décevoir tout le monde. Rien de très original. RUN’IX sur son compte Facebook nous avait livré il y a quelques mois sa semaine type. Et on ne découvre rien qui bouleverserait les méthodes les plus traditionnelles. Il s’entraîne deux fois par jour. Il va deux fois par semaine sur la piste. Des 400 le mardi. Des 1000 le jeudi. Des côtes le samedi. Un entraînement long le dimanche avec une session au seuil. Plus de la muscu et de la PPG. Et le reste ce sont des footings dits de récupération. Bref, du déjà vu ! La seule chose c’est que les trois frères semblent inséparables et qu’ils partagent l’ensemble des entraînements au quotidien. En termes d’émulation, l’impact est, je le reconnais, absolument fabuleux. 

UN AVIS D’EXPERT ?

Pour mieux comprendre, j’ai fait appel à Marc Lozano. Un entraîneur réputé embauché par X-Run. Mais également coach de quelques athlètes qui évoluent à haut niveau. Des champions, il en a vu passer. Pour lui, ce n’est pas compliqué, l’effort est dans la culture viking. Dans les pays scandinaves, la vie ça se passe dehors et pas dans le canapé, on ne craint pas le froid, on marche en forêt, on abat du bois, on fait du ski. Et parallèlement lorsque tu t’intéresses au dénominateur commun de ce qui constitue la plupart des champions, tu te rends compte qu’ils ont tous grandi en faisant très tôt de l’activité physique plus que les autres. Ils ont évolué tout au long de leur jeune vie en stimulant le corps et l’organisme plus que les autres. De ce qui ressort de toutes ces vidéos de la vie de Jakob qu’on retrouve sur internet c’est que c’est un dur au mal. Ce n’est pas que du talent. Son mental et son investissement dépassent les normes psychologiques de bon nombre d’autres champions. Il s’adapte très très vite. À force égale c’est un point différenciant. Souvent les champions sont des privilégiés pour qui tout un staff se met à disposition de telle sorte qu’il n’aient rien d’autre à penser qu’à la performance. Cela donne l’impression que si un grain de stable enraye la mécanique tout fout le camp. Vous souvenez-vous de cette pub avec Zinedine Zidane. « Il met sa chaussette gauche, il met sa chaussette droite, il met ses chaussures, il enfile son maillot et il boit sa bouteille d’eau… ». Vous savez l’impression que cela me donne ? Que si on change sa marque de bouteille d’eau, il est foutu… En cela Jakob se différencie ! Lorsque l’on regarde le quotidien des frères, les voir réaliser des séances de type 12×1000 m ou 24×400 m sur le tapis de course car il y a un mètre de neige dehors (l’hiver est rude en Norvège), on comprend vite que la facilité et le confort ne sont guère au menu.

ON FINIT PAR LE DOPAGE…

Impossible de ne pas penser au dopage mais cet article est le mien et plutôt que de reprendre quelques accusations sans fondement que j’ai retrouvé à gauche et à droite ou au mieux des suspicions sans objectivité, je préfère retenir un cas unique. Un mélange de méthodes à la fois rustiques dans la difficulté et la dureté du contexte et moderne dans l’exposition médiatique et la « starisation » de Jakob qui me fait penser à une pop star marketée à l’américaine par des marques comme Nike ou Oakley. Enfin, mon avis est en contrepartie aussi subjectif que toutes les croyances méprisantes à l’égard de Jakob et ses frères. Ainsi, de mon siège, j’ai envie de payer le spectacle parce que j’aime le sport et que je me régale depuis peu de temps à découvrir de l’intérieur ces champions extraordinaires. Et dire qu’une dernière petite soeur arrive et que paraît-il, elle est encore plus forte…

Jean-François Tatard

Jean-François Tatard

Jeff TATARD - 38 ans. - consultant sport - athlète multidisciplinaire (running, cyclisme, route, VTT, Run & Bike) Facebook : Jeff Tatard Insta : Jefftatard

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Un commentaire sur “Jakob Ingebrigtsen, le petit prodige

  1. Malheureusement, l’article perd en sérieux dès le début quand vous annoncez qu’il fait partie « d’une famille de quatre frères et soeurs ». Il suffit de regarder les épisodes de la téléréalité qui leur est consacré pour savoir qu’ils sont sept frères et soeurs au total. Les épisodes permettent aussi de rentrer un peu plus dans leur façon de s’entrainer je trouve.
    En tout cas, cela fait plaisir de lire autre chose que des accusations de dopage et qu’on évoque enfin la place prépondérante que peut avoir un quotidien bâti en intégralité autour de son sport.

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