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Test des Brooks Mach 18 Spikeless

Spikeless ce n’est pas une marque. Spikeless c’est un concept. Spike en anglais c’est « pointe » et Less c’est « sans ». Donc Spikeless littéralement traduit c’est « sans pointe ». On oublie ainsi toutes les problématiques des copains qui guettent la météo et comment y réagit le « terrain de bataille » ou qui s’empressent d’aller demander à ceux qui ont déjà terminé l’épreuve dans leur catégorie qu’elle est la meilleure longueur de pointe. La question ne se pose plus avec les Brooks Mach 18 Spikeless.

Par Jean-François Tatard – photos : DR

Quand meurent les feuilles des arbres, que la nature semble s’éteindre, que la plupart des espèces vivantes rentrent en hibernation et que les hirondelles ont déjà fui ou que le chant du merle se fait plus discret, j’aime à revoir le cross-country et ses champions qui résistent et continuent de courir en pleine nature malgré le froid et la boue.

LE CROSS COUNTRY

Le cross-country c’est l’école de la course à pied. J’allais même presque dire l’école de la vie. Impossible de parler de running sans parler de cross-country. C’est là où tout commence… Le lieu où se retrouvent une après-midi dans l’année tous les écoliers de la commune pour s’affronter dans la gadoue. Le lieu de combat où s’affrontaient les militaires mais cette fois en baskets et du temps où existait encore le service militaire. La bagarre est à tous les niveaux. C’est aussi l’endroit concomitant où se retrouvent toutes les populations de la course à pied. Les pistards, les routards, les trailers, les montagnards, les marathoniens. Les bons, les pas bons, les très bons, les très très bons, les néophytes, les experts. Tout le monde y est…  Le cross-country est une course très particulière. Elle est singulière. Elle nécessite d’avoir une bonne endurance et d’être capable de changer de rythme rapidement. Le « cœur dans la boîte à gants », généralement, à l’arrivée, si par chance vous n’avez pas rendu votre « petit dej’ », au mieux, vous resterez une bonne minute les mains sur les genoux à essayer de retrouver vos esprits. Le chrono y est anecdotique. Il fait froid, il y a de la gadoue, juste un thermos de thé, ou de café pour se réveiller et se réchauffer, et une bonne odeur de frites et de merguez à chaque passage aux barnums des clubs d’athlé. C’est un peu ça le cross…

L’ÉQUIPEMENT ?

Il n’en existe pas vraiment. Vous pouvez tout oublier. Les manchons, les shorts et les maillots « chépaquoi », les produits techniques que les marketings adorent. Bref, même la montre, vous pouvez la laisser sur le chevet. La seule chose qui nous intéresse quand on prend le départ d’un cross ce sont les pointes sous la semelle. D’ailleurs, la problématique des participants est souvent la même : 6, 9, 12 ou 15 mm ? La semelle d’une chaussure de cross-country est parsemée de picots pour augmenter l’adhérence. Elle permet aussi donc de recevoir des spikes ou des clous sans que le pas de vis ne casse et sans que le coureur ne se fasse mal. 

QUELLE CHAUSSURE ?

Il est donc bien sûr conseillé d’opter pour une chaussure spécifique et adaptée à la pratique du cross-country. D’autant qu’on va les garder plusieurs saisons. Là on investit. Pour une fois, on ne comptera pas la durée de vie en kilomètres. On n’a pas du tout le même rapport avec une « paire de pointes » qu’on l’a avec n’importe quelle autre running. Elle est proche du sol et légère. Elle permet de bien réagir aux sols irréguliers et boueux. D’épouser le relief et de s’adapter aux terrains les plus sinueux. Les chaussures de trail, même les plus légères, ne pourront jamais permettre les mêmes atouts et le même rendu. Pire, vous risqueriez de vous blesser. 

TESTONS !

Pour l’anecdote, la dernière fois que j’avais enfilé des « pointes » de cross c’était en 1997 et il s’agissait des championnats de France de cross cadet. 22 ans, plus tard, l’opportunité m’a été offerte de rechausser les « pointes ». J’ai ainsi profité des championnats de la Sarthe avec les copains de Run & Freedom pour tester un concept que très peu connaissent… La paire de pointes sans pointes. Non, vous n’avez pas de problème de convergence, j’ai bien écrit : « la paire de pointes sans pointes ». Les Brooks Mach 18 Spikeless

BROOKS

Un peu d’histoire ? La société est fondée en 1914 par Morris Goldenberg. Et pour dire, Brooks est une des fabriques de chaussures de sport les plus anciennes d’Amérique. Au début c’est le baseball et le football qui intéressait la marque. Puis dans les années 70, la marque a émergé avec le développement mondial du running. Mais la marque se veut surtout innovante et marginale. D’ailleurs pour la petite histoire, en 1980, un des modèles avait été conçu avec de la récup de pneu d’avion. Par contre, sous ses aires désinvoltes, la marque est la première, à prendre en compte les soucis anatomiques des runners. D’ailleurs ce sont eux en 1982, les premiers à avoir créé une chaussure pour pronateur.  

ET MA MACH 18 SPIKELESS ALORS ?

Alors lorsqu’on m’a convaincu de prendre rapidement une paire de pointes pour ne pas finir la tête dans la boue à mon prochain cross, bah je m’attendais tout simplement à recevoir des pointes. Sauf que la surprise à la réception du colis de chez BROOKS, c’est que sous la semelle il n’y avait pas de quoi y visser des pointesBon dans l’ordre…

L’ESTHÉTIQUE 

Pas de doute, avant de retourner la semelle, c’est une chaussure technique qui s’approprie à la pratique de l’athlétisme. Zéro coutures, tout d’un bloc, un look coloré ! D’ailleurs, pour ceux qu’ont du flow ou qui aiment avoir du flow même dans la boue et tous mes amis fans de couleurs, vous êtes les bienvenus dans l’univers de cette chaussure. Elles sont magnifiques dans ce mélange de bleu et de vert fluo ! Elles sont lookées et le design ne laisse pas insensible. Bien que la boue risque rapidement de cacher les couleurs vives de votre chaussure. Bon ça durera au moins le temps du départ, tous les regards seront braqués sur vos pieds.

J’ALLAIS DIRE : « ON CHAUSSE » !

Une fois chaussée, la paire de chaussures est « presque » confortable. Pourquoi presque ? Parce que, méfiez-vous, elles chaussent petit. Disons que mon pied étroitement enfilé dans le soulier, j’ai vite su que l’erreur de pointures allait me coûter une ampoule. Ne faites pas mon erreur « Prévoyez une taille en plus ! ». Même si une des particularités des chaussures de cross c’est aussi qu’il faille qu’elle soit serrée. Et de façon à ne pas la perdre dans la bagarre. 

ET EN ACTION ?

On parle souvent de drop sur running4all… Et bien là : vous oubliez !  Sur cette chaussure, il est quasiment inexistant. Elle est moulée. Une fois chaussée, ce qui prédomine, c’est cette impression de légèreté. Et peut-être même presque déstabilisant sur le début. Imaginez 130 g !? Même le double du poids, votre running serait encore légère et profilée pour aller vite. C’est un poids plume qu’on a aux pieds. Ça donne vraiment envie de courir vite. Ce point fort est également un point faible car le coté minimaliste de la chaussure fait qu’elle est presque inutilisable sur route ou terrain technique, car le pied n’est pas du tout protégé, bien au contraire.

ATTENTION, DANGER !

Sur le long terme, cela peut facilement être néfaste pour votre pied ! 10 km dans l’herbe avec et au maximum une fois par semaine c’est bien le maximum que je me verrais faire avec. Mais en même temps, ce n’est pas du tout ce qu’on lui demande. Nous, on souhaite simplement pouvoir courir dans la boue avec une accroche nous empêchant de chuter.

L’ACCROCHE

En comparaison à une longueur de pointe, c’est comme si vous aviez disposé du 6 mm sous la semelle. On est d’accord, c’est souvent bien trop peu pour le cross le plus traditionnel. Surtout que la pointe est en caoutchouc. Néanmoins, il y en a 58 dans le format de celles que vous connaissez en alu. Et elles sont toutes les 58 disposées de façon centrale. Ensuite vous avez 26 autres encore plus larges en périphérie (je me suis amusé à compter et comme j’étais pas sûr j’ai recompté, donc vous pouvez aller vérifier…). Bref, J’avais des doutes. Et bien je peux vous dire que ça accroche ! Même pas une glissade, rien ! La semelle sans pointe a rempli à 200 % sa fonction et courir sur des terrains glissants n’aura jamais été aussi amusant.

QUAND & POUR QUI ?

« Quand » : finalement je dirais qu’elles s’approprient à tous les cross. Même les plus boueux car la vérité c’est que passé une certaine quantité de boue, plus aucune paire de pointes ne fait son effet. Plus que leur longueur, c’est surtout le nombre de pointes en caoutchouc qui couvrent la semelle qui offre cette accroche spectaculaire. Si c’est si boueux, mieux vaut 84 pointes de 6 mm sous la chaussure ou 6 malheureuses pointes de 12  ?

« Qui » : 

Alors que j’étais persuadé qu’elles s’appropriaient davantage à des néophytes ou à des populations qui aspiraient à moins de raideurs sous la semelle et plus de souplesse, le test me fait dire que tout le monde peut la chausser. Même l’élite. Je me demande d’ailleurs ce qu’attendent les meilleurs au moins pour tester par curiosité.

LES DÉFAUTS

J’ai beau chercher, mais si finalement, l’usage est totalement approprié au contexte, je ne trouve pas réellement de point faible à mettre sur le compte de cette paire de chaussures. Et pourtant, vous avez l’habitude, avec mes derniers tests d’équipement ou de diététique pour running4all, je trouve toujours un petit truc à dire. Alors à part l’erreur de pointure, si vous avez coché la saison de cross à votre calendrier cette année, vous pouvez investir dans la Mach 18 Spikeless.

CONCLUSION 

Depuis le lancement des championnats départementaux ce dimanche, un peu partout en France, la plus académique des disciplines de la course à pied bat son plein dans les labours hivernaux. Généralement, pour la majorité des coureurs, c’est le moment de ressortir les vieilles « pointes » trouées du placard. N’oubliez pas non plus dans votre sac de sport, la pince multiple et la bombe de WD40. Il va falloir dégripper les pas de vis pour ressortir les pointes parfois cassées de la saison passée. Alors, pour éviter tous ces désarrois tout en maintenant un niveau d’accroche exigeant et toutes les particularités qui font de votre chaussure une chaussure de cross, sans pub pour la marque américaine, laissez-vous séduire par le concept d’une MACH 18 SPIKELESS ! Cédez aux charmes de cette « paire de pointes » sans les pointes ! Et vous n’aurez même pas d’excuses la saison suivante pour retrouver les champs parce qu’à la différence des « pointes traditionnelles », un tour à la machine à laver suffit à les remettre à neuf…

BROOKS MACH 18 SPIKELESS
Type de pied : Universel
Usage : Compétition
Surface : Cross-country
Poids du coureur : Moins de 80 kg
Poids de la chaussure : 135 g en T42,5
Drop : quasi nulPrix : 90€Les + : poids, dynamisme, flexibilité, pas de pointes, simplicité d’entretien, pas de rouilles Les – : taille petit et pas adaptée au pied large, manque de polyvalence et exclusive au cross, inappropriée à la piste
Contact : www.brooksrunning.com

 

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