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Portrait de Micheline avec un grand M au Marathon de Paris à….80 ans!

Cette année, le marathon de Paris promettait d’avoir une saveur particulière, d’abord son tracé avait changé et que pour la 6ème fois que j’allais le courir ce n’était pas pour accompagner une amie ou comme en 2012, pour tester l’effet de 14kg en moins sur mes jambes (Oui j’avais enfin décidé d’abandonner les kg résiduels de ma 3ème grossesse) mais comme Meneuse d’allure officielle.

Par Doc Sandrine N – photos ASO

Accros à Running4all, vous savez déjà que ce n’est pas la première fois que je parle des actions des meneurs d’allure mais là quand vous saurez en quel temps je devais aider les gens à finir leur marathon, vous comprendrez alors pourquoi notre boss Dominique Chauvelier parle d’accompagnateur plutôt que de meneur. C’est la flamme noire que j’allais porter à cette 43ème édition du marathon de Paris, celle affichée 5h30 !

5h30 pour un marathon

Certains diront que c’est long, très long, mais quand c’est le premier pour certains, que l’entrainement a été difficile que c’est la vitesse de base (7’50 au km) d’un très grand nombre de coureurs, et qu’il faut la tenir pendant 49,195 km, alors vous comprendrez qu’au final finir ce marathon en 5h30 a autant d’importance pour eux que de le finir en 3h…

Cette fois c’est surtout l’histoire de Micheline que je vais vous raconter.

Pourtant au départ, dans le sas 4h30 tout en haut des champs Elysées, Micheline ne fait pas partie de la dizaine d’hommes (ben oui il n’y avait qu’une femme avec moi au départ. Mais j’étais trop heureuse qu’elle soit là, je l’avais équipée la veille d’un casque à conduction osseuse sur le salon du Running et elle avait eu très envie de venir courir avec moi !) bien décidés à ne pas me lâcher d’une foulée pour que je les emmène avec moi.

Parmi eux, un vieil habitué de ma flamme, mon ami Francis, que j’ai déjà emmené au semi de Paris et qui m’avait promis d’être là au marathon, Jérôme un breton qui vient du trail, Bob un jeune coureur indien, Nicolas, Jean Pierre et bien d ‘autres…

Objectif 7’50 du Km

C’est le départ sur la traditionnelle musique des Chariots de feu et piège absolu : les champs Elysées sont en descente, mon dieu comment vais-je faire pour freiner tout le monde et les mettre à ce fameux 7’50 au km, tant pis je laisse faire et je grappille quelques secondes puis quelques minutes (6 puis 8 minutes d’avance au 15 ème) en me disant que cela sera utile sur les ravitaillements et surtout pour la deuxième partie de la course enfin non pour le début du marathon, puisque il est coutume de dire que la course ne commence que au 30 èmekm…

Vers le 12ème km, 2 silhouettes frêles courent avec une foulée un peu saccadée mais rythmée, leur allure permet très vite de les identifier comme des « seniors », habillés avec un maillot de club identique bleu d’un club de la Vienne, je venais de croiser le chemin ou plutôt la course de Jean Pierre et Micheline le couple le plus âgé (avec chacun 80 printemps) à courir ce marathon de Paris.

S’arrêter au ravitaillement

Mon groupe était alors toujours homogène, je prévenais à chaque ravitaillement que nous allions nous arrêter, marcher que chacun devait manger (ou prendre son gel avant ) et boire, qu’il fallait marcher tout le temps des tables tenues par les bénévoles (un immense merci au passage…) et que nous nous retrouvions à la sortie du ravitaillement en marchant et que alors je donnerais le go pour repartir en courant tout doucement.

Je savais alors que mes précieuses minutes grattées au début trouveraient ici toutes leur importance pour réconforter ma troupe à chaque recharge des accus.

Puis ravitaillement après ravitaillement je retrouvais Micheline à côté de moi prête à partir… et nous repartions, même si je sentais bien que pour certains l’arrivée vers le 30ème km allait faire des dégâts. J’avais déjà perdu Jérôme mon breton, vers le 26ème.

Tous les autres étaient encore là et au moment du passage au 30ème j’étais fière de mon groupe autour de moi, nous récupérions des gens avec un petit coup de fatigue, je les motivais et les invitais à nous rejoindre et certains resteront avec moi jusqu’à la fin !

Le mur du 30ème

Que ce fut dur pour beaucoup vers le 32ème, 33 puis surtout le 34ème ou une méchante montée sournoise nous attendait… et c’est là que je n’ai alors pas vu Micheline décrocher…

je commençais à m’inquiéter quand elle est arrivée au ravitaillement suivant pour me rejoindre en disant qu’elle avait eu un peu de mal dans la montée mais que grâce au ravitaillement elle avait pu nous rejoindre. Nous voilà tous reparti, je décomptais chaque Km depuis le 32ème en hurlant, plus que 10, plus que 9…

Au 36ème un coureur sponsorisé par une célèbre marque d’enceinte de musique nous changera les idées pendant quelques kilomètres avec sa musique attachée dans son dos, il finira par capituler au 39ème km, trop fatigué pour continuer…

Nous avons alors retrouvé le calme du peloton, et là alors que nous étions reparti du dernier ravitaillement, au bout de quelques centaines de mètres, plus de Micheline. !

 Je continuais à avancer malgré tout en réglant vraiment ma foulée (et mon genou gauche de plus en plus douloureux de devoir courir ainsi en sous régime pour moi) pour être à 7’50 au km et arrivée pile dans le temps imparti de 5h30, un contrat de meneur d’allure devant être respecté pour le chrono à quelques secondes près !

A 500m de l’arrivée, j’avais beau me retourner, toujours pas mon petit bout de femme ! Je décidais donc d’envoyer tous mes coureurs seuls vers la ligne d’arrivée pour qu’ils passent tous en 5h28 et j’attendais alors Micheline pour passer au moins la ligne avec elle.

Il faut dire qu’elle avait eu des mots tellement touchants pendant ce marathon, ne cessant de me remercier, de rassurer son mari, qu’il pouvait partir devant, de rire à mes blagues (si si), de mettre en pratique les conseils que je donnais quand je voyais que c’était un peu dur pour tout le monde.

Nous finirons les 500 derniers mètres main dans la main, sous l’ovation énorme du public qui s’est levé et qui applaudissait

Non vraiment non, je ne pouvais pas passer la ligne sans Micheline, 1 minute, tout au plu une minute 30 à attendre et voilà la frêle silhouette un peu penchée de cette exquise dame qui arrive !

Nous finirons les 500 derniers mètres main dans la main, sous l’ovation énorme du public qui s’est levé et qui applaudissait, criait, le speaker aura même un mot d’applaudissement pour nous surtout quand je lui dirai que je suis avec la doyenne de la course et qu’elle a 80 ans !

Puis dans mes bras à serrer ce petit bout de femme et me voilà avec les larmes aux yeux, accueillant au final ceux que j’avais perdu quelques km auparavant, tous emmenés à bon port et en avançant après la ligne, la surprise de retrouver ceux que j’avais fait partir avant moi qui m’attendait tous pour une ovation à l’arrivée…

Quel bonheur ce partage, je ne pensais pas trouver autant d’émotions de joie à emmener ce groupe.

Nous papoterons encore 20 minutes avec Micheline pour quelle m’explique que c’est son mari qui voulait faire un dernier marathon à Paris mais qu’il espérait quand même bien finir devant elle…

Que 20 ans de randonnées avec des sacs à dos lui avait sans doute permis d’avoir cette forme là encore à son âge, qu’elle n’avait pas de douleurs quand elle courait (le rêve…) et qu’elle était contente d’être passé aux informations locales la veille avec son mari comme quoi ils étaient le couple le plus âgé à courir le marathon.

Une belle histoire qui restera longtemps, très longtemps dans ma mémoire de meneuse d’allure et qui plus est sur une course mythique comme le Marathon de Paris ! Plus tard, je veux être comme Micheline…

 

Sandrine Nail Billaud

Sandrine Nail Billaud

Pharmacien - Journaliste - Multi marathonienne et meneuse d'allure. Facebook Sandrine NAIL BILLAUD Insta : nailbillaud_sandrine

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Un commentaire sur “Portrait de Micheline avec un grand M au Marathon de Paris à….80 ans!

  1. Sandrine j’ai aimé ce compte rendu et comme je lis toujours tout petite erreur un marathon c’est 42 km 195 m et pas 49 km 195 m j’ai eu peur pour mon prochain 😂 Quel belle performance de Micheline et la photo main dans la main est très émouvante. Encore bravo à elle.

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