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Quel est l’impact du stress, de l’anxiété sur l’organisme ?

Dans quelques minutes, le départ sera donné. C’est l‘objectif de ces dernières années. Plus que d’habitude, Tom ressent cette une boule au ventre depuis plusieurs jours. Ce matin, c’est encore plus désagréable. La nuit a été agitée, il est fébrile.

Par Olivier Spagnol Coach consultant professionnel spécialisé en préparation mentale.

Il n’a pas pu avaler grand-chose. Il est préoccupé. Les idées se bousculent, il n’arrive pas à faire descendre la pression. Il a même dû retourner chercher sa montre à l’appartement. Il enrage. Une grosse perte de temps, il est mal placé sur la ligne de départ. Haletant, les pulsations super hautes, il attend la libération du starter.
Plusieurs années ont passé.

Au calme en cette veille de course, Tom repense à ce matin, à la fois mémorable et pénible. Il en sourit. La course s’était plutôt bien déroulée dans l’ensemble mais la pression lui avait fait perdre beaucoup de moyens. Il s’était senti fatigué, en surrégime dès le départ. Il lui avait fallu de longues minutes pour se mettre dedans, au rythme prévu. Il avait fini déçu et l’avant course avait un peu gâché ce moment tant attendu.

Désormais, les choses sont bien différentes. A quelques heures de son objectif, Il est posé, ses affaires sont prêtes. Il a appris à aimer les instants d’avant course, quand le temps semble suspendu. Une quiétude l’enveloppe doucement à mesure que le départ s’approche. Il sait que la dernière nuit sera calme et demain, l’envie d’y aller sera là. Chaque minute avant le départ lui permettra de glisser sans effort dans cet état qu’il affectionne : détendu, prêt et plein d’énergie.

Chaque moment s’enchaîne comme une mécanique bien huilée. Il se régale d’avance des derniers instants de préparation, l’arrivée sur site, l’échauffement. L’entrée dans la bulle qui fera de cette course un moment réussi. Peut-être vivez-vous plus souvent la première situation que la deuxième. Pour vous, ne pas sentir cette fébrilité est peut-être la traduction d’un « je m’en moque un peu ». Pour faire une performance, il faut sentir ce truc désagréable.

Revenons sur cette sensation qui fait monter en pulsation, ressentir la pression, agiter les nuits. Le trac. L’anxiété d’avant course. Elle n‘est pas réservée aux seuls sportifs. De manière générale, on a le trac avant une échéance importante. C’est désagréable et elle nous fait parfois perdre nos moyens. Julien Wanders y fait référence dans un de ses épisodes (Road to Tokyo). Si vous avez vu cette séquence, vous aurez noté que c’est un incontournable pour lui. En substance, « nous avons tous cela, ça s’améliore avec l’âge mais c’est toujours là et c’est une bonne chose parce que c’est ce qui va pousser à aller plus loin. Même si ce n’est pas forcément agréable, si on ne l’a pas, c’est que l‘on n’a pas forcément envie de faire la compétition »
Alors, le trac, normal ? Souhaitable ? Bénéfique ?

Commençons pas la question de la normalité.
A priori, un nombre significatif des participants sont anxieux(ses), angoissé(e)s… avant une compétition considérée comme importante. Je me souviens des visages avant de descendre l’échelle du Pier pour rejoindre le plan d’eau à Kona. La tension était chaque fois palpable.

Si le trac n’est pas exceptionnel, on peut avancer qu’il est « normal ». Peut-être que cela peut vous
rassurer et peut-être même qu’une partie de votre pression disparaitra la prochaine fois que vous
regarderez autour de vous. En voyant les visages tendus « Tiens, il a la pression, comme moi », vous
vous prendrez peut-être à sourire.

L’objectif de cet article n’est pas de vous expliquer les raisons de votre trac d’autant qu’elles sont surtout personnelles. Retenons simplement qu’il n’a rien d’exceptionnel, il est normal. Est-il toujours bon d’être dans la normalité ? A vous de répondre. Voyons maintenant s’il est souhaitable. Comme le souligne Julien Wanders, ne pas l’avoir serait un mauvais signe, traduisant un manque d’envie. Est-ce également votre conviction ? Si oui, votre trac est souhaitable.

Imaginez supprimer la sensation désagréable avec une technique/astuce qui vous permette d’être plutôt serein(e) avant la compétition. Vous iriez alors à l’encontre de votre conviction et vous pourriez avoir un doute sur votre degré de motivation.
Surtout qu’autour de vous, tout le monde est un peu à bloc. Le doute produirait alors l’effet trac et vous en viendriez à ressentir à nouveau les sensations désagréables. C’est là un exemple de la limite des techniques « immédiates ». Supprimer artificiellement la peur ou l’anxiété pré-compétition peut poser un réel problème.

 

En clair, si vous êtes persuadé(e) qu’il est utile d’avoir la trouille avant la course, que vos performances  vous satisfassent, que vous ne voulez pas vous engager dans un travail personnel, ne changez rien et il n’y a pas grande utilité à poursuivre la lecture de l’article, il générera plus de confusion que nécessaire. Toujours là ? Continuons.

Il nous reste à étudier quel serait le bénéfice de cet état de pression désagréable. Les définitions du trac que vous trouverez tournent autour d’un sentiment de peur, « d’appréhension irraisonnée ». La peur (ou l’anxiété pour ce qui nous concerne ici) est une résultante d’un stress perçu. Pour les fameuses raisons qui vous appartiennent, l’événement dans lequel vous allez vous engager (la compétition, l’entrainement, etc…) vous met en alerte physiologique (nous verrons un peu plus loin de quoi il s’agit – succinctement).

La peur avant course

D’un côté, c’est bon signe puisque cela signifie que cette compétition est importante pour vous. D’un autre côté, cela veut dire que vous doutez de vos capacités à faire ce que vous avez prévu (nous ne nous y attarderons pas ici, ce point est du ressort d’un accompagnement professionnel).

Pour en revenir à la réaction au stress, l’activation corporelle est spécifique à votre peur. C’est un mécanisme d’adaptation qui a permis à l‘humanité d’évoluer au sein de son environnement, il est donc fondamentalement important. Si le mécanisme est déclenché, c’est que votre organisme en a besoin pour vous permettre de retrouver un état favorable (créer une adaptation).

L’anxiété est-elle appropriée à la situation ?

Etudions le contexte. Théoriquement, vous êtes engagé(e) dans cette épreuve par volonté personnelle. De votre plein gré. Probablement avec le sourire au moment de l’inscription (un état agréable). Si, lorsque se profile le départ, vous percevez une menace à votre bien-être (état désagréable), c’est que votre façon de considérer l’événement n’est pas idéale. C’est le caractère irraisonné de la peur, on parle d’anxiété. Elle génère des fonctionnements inefficaces.

Rappelez-vous une chouette sortie que vous aviez programmée. Avant de partir, vous étiez porté(e) par l’enthousiasme (note : différent de l’euphorie). C’est l’envie de faire la sortie. C’était tout sauf désagréable, correct ? Si vous ressentez quelque chose de différent et de désagréable avant une course, c’est qu’il n’y a pas le même enthousiasme. Le côté désagréable a pour but de vous retenir, ce qui n’est pas vraiment le but à ce moment-là. Nous sommes ici éloignés de la conception d’un trac qui traduit votre envie d’y aller.

 

Illustrons l’utilité de la peur « légitime » et « adaptative ». Si, pendant une sortie, vous voyez un chien débouler, la gueule ouverte, le stress de la situation va activer la peur. Cette dernière va vous aider (normalement) à faire face à la menace bien réelle, matérialisée par le chien. L’activation soudaine du corps (qui tombe très bien) mobilisera les ressources physiologiques pour agir sans avoir à réfléchir (vous n’en avez pas vraiment le temps) et adopter le comportement le plus judicieux dans cette
situation.

A la différence de l’anxiété, la peur est fonctionnelle. Prévue pour les situations menaçantes, elle a contribué à préserver l’humanité jusqu’à présent. On entend régulièrement les expressions lutter, combattre, dominer sa peur… Les mots en « mode guerrier » sont-ils justifiés ? Si vous combattez la peur, vous vous opposez à un mécanisme fondamental, que vous ne maîtriserez pas complètement, hautement adaptatif de votre organisme (vous-même) développé dans votre intérêt.
Gardez à l’esprit que le programme biologique activé est le même que vous soyez anxieux(se) ou que soyez dans une situation réellement menaçante. Combattre ce mécanisme sera vain, ça serait vous opposer à quelques années de génétique.

 

Plutôt que de lutter contre, évitez simplement de l’activer dans les contextes où il ne se justifie pas. Une compétition ne devrait pas constituer (espérons-le) un événement menaçant, sauf à ne pas avoir réellement les capacités requises. Dans ce cas, quid de votre présence au départ ? Votre peur est
alors une bonne chose, écoutez-là. Fuyez.

Pour terminer, quel est l’impact du stress sur l’organisme ? Le programme biologique de la peur demande un niveau élevé d’énergie pour permettre à l’organisme de faire face rapidement et efficacement à une situation dangereuse. Il inhibe des fonctions (immunitaire, digestion, croissance) gourmandes en ressources, tout en augmentant l’activité cardiovasculaire et pulmonaire (vos pulsations augmentent avant même l’échauffement, votre souffle est court) et mobilise l’énergie à partir des réserves tissulaires afin d’être prêt à l’action * (source ci-dessous)

Les effets d’une exposition au stress, notamment prolongée, peut donc affaiblir la résistance aux maladies, épuiser les ressources énergétiques, etc… Pensez-y, surtout si la sensation désagréable démarre bien avant les dernières heures précédant la compétition. L’entraînement pour les disciplines d’endurance sert, entre autres, à apprendre à votre corps comment utiliser efficacement vos ressources énergétiques.

Votre planification est généralement construite pour produire une surcompensation de ces réserves pour le jour J. Si vous commencez à taper dedans en les mobilisant par un état d’anxiété, vous réduisez vos capacités entrainées pendant de longs mois de préparation.

En résumé, même si vous êtes convaincu(e) que vous avez besoin de la manifestation de ce stress, que beaucoup le vivent, ses effets ne sont pas favorables à votre meilleure performance. Que faire alors si vous avez le trac ? Nous avons évoqué la limite des techniques. Comme nous l’avons vu, un mécanisme qui inhiberait une réponse adaptative fondamentale n’est pas idéal :
l’anxiété n’est pas activée sans raisons.

Utiliser des astuces (vous en trouverez à profusion sur le net, je laisse la responsabilité de leur mise en œuvre aux auteurs) pour combattre les effets de votre réponse au stress, c’est comme vouloir faire baisser la fièvre sans agir sur ce qui la provoque. Elle
peut se manifester de nouveau à n’importe quel moment.

Si votre entrainement génère des blessures à répétition, vous conviendrez qu’il est plus efficace d’apprendre à les éviter (charge de travail adaptée, démarche posturale, alimentation, sommeil, équilibre personnel…) que de disposer des meilleures thérapies pour les soigner.

De la même manière, en apprenant comment préparer une compétition au plan psychologique (ça commence bien en amont), vous éviterez le trac pré-compétition et vos performances seront améliorées. Vous gagnerez les quelques dixièmes manquant, disposerez de l’énergie pour maintenir votre foulée et votre concentration plus longtemps. Plus important encore, votre état mental favorisera un fonctionnement efficace de votre organisme.

C’est une condition nécessaire à votre performance. Une démarche mentale sérieuse demande de s’impliquer au plan personnel, au-delà de l’utilisation de techniques, d’astuces ou de recettes miracles. En retour, elle est pérenne et efficace. Ce type
d’accompagnement se réalise avec le concours d’un professionnel engagé déontologiquement, compétent, qualifié, justifiant d’une formation reconnue et mise à jour. Cette démarche nécessite un travail individuel, rien ne tombera « tout cru ».

Comme Tom, vous accéderez alors à une sérénité teintée d’une agréable envie et bénéficierez de l’activation du programme biologique idéal pour un départ performant et pour l’atteinte de votre objectif.
(source : psychobiologie, de Boeck, 2012)

 

Olivier Spagnol

Olivier Spagnol

Coach Consultant professionnel spécialisé en préparation mentale (certification RNCP niveau 1) Formateur agréé démarche qualité ICPF-PSI – Management & ressources humanes Spécialiste motivation : sport (professionnels et amateurs) et entreprise Connaissance et expérience de tous les aspects de la pratique sportive (course à pied & triathlon)

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