Comment les femmes ont-elles eu accès au milieu sportif ?
Les prismes sociologiques, politiques et culturels nous permettent de comprendre quels ont été les enjeux de l’émancipation des droits des femmes. Il est encore fragile dans nos sociétés européennes et n’est pas un acquis absolu, surtout dans le milieu professionnel.

Par Camille Aliénore Rustant 

Pendant longtemps, il a été une démonstration physique de puissance, parfois même de violence et était ainsi assigné à l’homme. Le cas de la course, du marathon à l’athlétisme, ne déroge pas à la règle. Revenons sur quelques grandes dates historiques pour comprendre l’évolution du sport et l’insertion des femmes notamment dans la course à pied.

  1. Le sport, une histoire au masculin

Depuis l’Antiquité, le sport est le terrain de jeu des hommes. Déjà, en 440 avant J.C à Olympe, les femmes avaient interdiction d’assister aux démonstrations du stade Elles créèrent donc leurs propres jeux : les Heraia.

En France, ce n’est qu’à partir des années 1880-90 que les femmes foulent leurs premiers terrains dans le milieu sportif. Les sports féminins sont alors cantonnés à certaines disciplines, comme la gymnastique, le patinage artistique ou encore l’équitation pour les milieux les plus aisés.

La cause de cette restriction ? Une des raisons soulignées par les chercheuses est que le sport a été inventé par et pour les hommes : les attributs et la grâce du corps féminin peuvent être mis en valeur par le sport mais ne doivent pas lui nuire. La femme ne doit pas donc pas faire d’efforts intensifs. À cette époque, le corps de la femme, sous le regard masculin, doit rester un outil de procréation et de maternité.

Les croyances et injonctions dressent un tableau néfaste du corps de la femme sportive, considérée comme infertile, masculinisée.

C’est grâce à l’éducation nationale que s’ouvre la première voie « sportive » pour les femmes. La loi de 1882 sous Ferry énonce que « l’école primaire peut et doit faire aux exercices du corps une part suffisante pour préparer et prédisposer (…) les garçons aux futurs travaux de l’ouvrier et du soldat, les jeunes filles aux soins du ménage et aux ouvrages des femmes ».

Celle-ci, malgré son caractère misogyne, marque une avancée majeure qui permettra aux femmes d’émanciper leur corps. Le mouvement hygiéniste, qui débute à la fin du XIXe siècle, sera quant à lui la clef de voûte de la démocratisation de l’activité sportive de masse jusqu’alors réservée aux classes bourgeoises.

Accéléré par les découvertes scientifiques et médicales de cette époque, ce mouvement pousse les sociétés et l’autorité à entreprendre des mesures prophylactiques pour la santé de ses populations, le sport est l’un de ses piliers.

6 avril 1896 1er jeux Olympiques de l'ère moderne

Les Jeux Olympiques, crée en 1896, attendent 1900 pour accueillir pour la première fois 22 femmes aux épreuves de golf et de tennis, choix vivement décrié par le docteur Boigey, théoricien de l’activité physique. Il dira : « La femme n’est pas faite pour lutter mais pour procréer ».

Dix-sept ans plus tard, Alice Milliat, sportive, militante et ambassadrice du sport féminin fonde la FSFI (Fondation Sportive Féminine Internationale). Après un premier refus d’inclusion des femmes aux épreuves d’athlétisme en 1919 auprès du Comité Internationale Olympique (CIO), ce seront 277 femmes qui y participeront en 1928 malgré les intimidations faites par le fondateur du CIO, Pierre de Coubertin

L’après-guerre ouvre le droit de vote aux femmes (1944), tournant politique important, permettant notamment au niveau sportif aux femmes d’adhérer aux fédérations nationales. Le football leur reste néanmoins proscrit !

Alice Milliat

Les années 1960-70, réveillées par le sursaut de la jeunesse, viennent libérer les corps et les esprits en repensant le rapport de la femme à son propre corps (droit à l’avortement et à la contraception).

Il y a 40 ans, en 1991, la FIFA reconnaît enfin le football féminin et organise à Pékin la première Coupe du monde féminine. Cette même année, tout nouveau sport entrant aux Jeux Olympiques devra nécessairement proposer une équipe masculine et une équipe féminine.

Aujourd’hui, le sport féminin est de plus en plus reconnu, presque la moitié des athlètes aux JO sont des femmes. Néanmoins, la place qui leur est réservée dans la couverture médiatique des événements sportifs est toujours en deçà de celle des hommes (30% de retransmission à la télévision de sport féminin).

Il en va de même pour leurs salaires, amenant ainsi des menaces de boycotts des JO de 2016 par les footballeuses américaines à Rio. On remarque à plusieurs reprises que le football est un sport pour lequel les femmes ont particulièrement lutté pour obtenir leurs droits. Qu’en est-il de la course à pied ?

42 médailles au JO de RIO en 2016

2. La course à la course
Si en France aujourd’hui, les femmes ont la possibilité de se demander quel jour de la semaine sera leur footing ou quelle marque de chaussures privilégier pour la course de ce dimanche, ces questions n’ont pas toujours été possibles, ni même pensables, cinquante ans auparavant.

Portrait de Géraldine Heillaut Dalibard

On peut citer la Grèce Antique comme centre historique de la course. La légende raconte en -490 av. JC que le dénommé Philippidès parcourt la distance entre la ville de Marathon et d’Athènes pour annoncer la victoire de la bataille entre Perses et Athéniens.

Philippidès

Les JO, existant depuis 1896, attendent 1960 à Rome pour accepter une nouvelle épreuve : le 800 m féminin. Cette course se rajoute à quatre autres : le 100 m, le 200 m, le 80 m haies et le relais 4×100 mètres. En athlétisme, jusqu’en 1960, les femmes qui courent, n’ont que le droit de sprinter. À l’époque, on les pensait incapables d’endurance et donc, incapables de terminer un marathon.

Regardons de plus près l’évolution chronologique du droit à parcourir les différentes distances des épreuves de course :
– 1928 : 800 mètres
– 1967: 1500 mètres
– 1974 : 3000 mètres
– 1984 : marathon
– 1986 : 10 000 mètres
– 2005 ! 3000 mètres steeple

1928

800m JO de 1928 Betty Robinson

Roberta Gibb fût sans doute la femme qui en inspirera beaucoup d’autres dans la conquête de la course. En 1966, tapis dans un buisson, elle participe de manière clandestine au marathon de Boston sans l’accord des organisateurs et sans dossard en 3 heures, 21 minutes et 40 secondes.

Un an plus tard, une de ses admiratrices boucle le marathon encore réservé aux hommes en 4h20. Ralentie par la main du directeur de la course agrippée à son dossard, Katherine Switzer devient une figure du combat féministe dans le running. Oui, une femme peut courir 42km sans « perdre son utérus ».

Boston 2017 :

En 1972, elle termine deuxième du marathon féminin de Boston. Par son militantisme, c’est en 1984 (enfin !) qu’aux JO de Los Angeles, se déroule le premier marathon olympique féminin (Film à voir : Free to
run de Pierre Morath). L’Europe, élève féministe des Etats-Unis, ouvre elle aussi ses marathons aux femmes.

Berlin inaugure le bal en 1974, suivie par Madrid en 1978 et par Stockholm en 1979. Cette même année, Paris fait de même, après quatre éditions exclusivement masculines. C’est le début des courses réservées aux femmes.

 

En France, la Parisienne naît en 1997. Cette course exclusivement féminine est
considérée comme bien plus conviviale et moins compétitive que ses homologues masculines. On peut citer également Odysséa, pour la recherche sur le cancer du sein ; la Marseillaise ; la Grégorienne ; la Bordelaise et bien d’autres.

Les femmes semblent apprécier ces initiatives féminines car elles sont non concurrentielles avec un peloton masculin, même si certaines pointent du doigt le caractère marketing. Le principal étant qu’il y ait de tout pour tout le monde et sur les mêmes performances kilométriques !

Nos contemporaines peuvent aujourd’hui courir dans les rues, les parcs et les forêts sans se poser la moindre question liberticide. Néanmoins, certaines d’entre elles ne veulent pas courir seule de peur de faire de mauvaises rencontres dans des lieux reculés. Aujourd’hui, le risque d’agression reste toujours plus important pour une femme qui court seule.

Une autre conquête est celle du marché des équipements de running. Ils fleurissent à perte de vue et les marques soutiennent grandement l’essor du sport chez les femmes. Les équipements sont variés, permettant à toutes les morphologies de pratiquer. Les sportives sont à la recherche de matériel sportif non genré, performant et confortable. La course, contrairement à d’autres sports (on se souvient de la polémique faite autour de la jupe de Serena Williams), amène moins de questions sexistes d’un point de vue vestimentaire.

L’image de la femme non sportive reste à déconstruire, et ceci dès le plus jeune âge. Laissons les petites filles exprimer leur puissance sur le terrain de la cour de récréation.

« Femme, réveille-toi a dit un jour Olympe de Gouges. Aujourd’hui l’urgence n’est pas tant de se réveiller, mais de ne surtout pas s’endormir !» Gabrielle Chalmont.

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