Lorsqu’on écoute ou reconsidère l’état d’esprit dans lequel se situe aujourd’hui les runners, l’impression que cela donne est qu’on s’éloigne de plus en plus d’une recherche de l’exploit.

Au point que cela pourrait presque faire penser à une pratique religieuse. Derrière quelque chose d’aussi simple que courir se cacherait-il d’autres vérités ? Y aurait-il une dimension plus spirituelle à la pratique de la course à pied ? 

Par Jean-François Tatard – Adaptation Sylvie Cazelles –  Photos Jeff – Brooks

Après quoi court-on?

Le sujet avait déjà été traité et nous en étions restés au fait qu’il n’y avait peut-être aucune réponse ou alors, si nous découvrions après quoi courrons-nous, tout simplement : arrêterions-nous.

Au sens le plus large, nous courrons après… le plaisir, les honneurs, mais aussi : le bus, les résultats, et même après la montre. Il est vrai que la société se développe beaucoup autour de ces créneaux, comme une espèce de pression sociale.

La course folle est omniprésente à tous les niveaux de la société. Réponse à une insatisfaction ? Courrons-nous parce qu’on ne se sent plus soi ? Je pense que dans la course – la vraie – la course à pied, c’est exactement l’inverse. À ce moment précis on ne court plus après quelque chose. 

Quand on commence à courir, on ne court après rien d’autre que soi-même. Une forme d’introspection se développe. On ne court plus pour fuir. On court pour se retrouver ! Il est évident que pour le premier runner venu, il n’est pas aussi évident de le comprendre. Surtout s’il démarre dans ses premiers pas de coureur à pied.

Cela s’apprend ! Cette recherche de dialogue intérieur prend un peu de temps. Lorsqu’on commence à courir on est persuadé que le décor extérieur va nous aider à faire passer plus facilement la séance de footing. Pourtant, ce n’est pas le décor qui fait la course. Il arrive un jour où c’est le coureur lui-même qui crée le décor !

Lorsque j’étais adolescent, il m’arrivait de me persuader que je pouvais changer le monde.

Lorsqu’inévitablement je me heurtais à la frustration de cette impossibilité, c’est Ange mon grand-père qui, le plus souvent me ramenait à la raison. Il m’a fallu des années pour comprendre sa phrase : « tu ne changeras jamais les choses et les gens.

Par contre tu seras toujours libre de changer ta propre perception des choses et des gens ». Je crois que c’est encore la course à pied qui me l’a le mieux appris.

Où que je sois, je me déplace beaucoup avec mon métier, je cours avec des sensations et des perceptions qui ne seraient pas possibles d’avoir autrement qu’en courant. Je vois des choses que je n’aurais jamais vues autrement qu’en courant. 

Lorsque nous courrons, nous nous exposons à une vérité, l’impression de renouer avec notre corps, nous le faisons tous. Nous faisons une autocritique systématique. Nous nous interrogeons sur notre propre volonté ! Qu’est-ce que je peux faire avec mon corps là tout de suite et à cet endroit précis ? 

Réaliser et se réaliser chacun à sa manière

Ce que j’ai découvert de plus beau en courant, c’est le rythme ! C’est cette leçon que m’enseigne cette pratique qui me sert le mieux à me sentir heureux.

On parle souvent de vitesse et de rapidité à exécuter la chose. Le monde de l’entreprise n’y échappe pas. Dans le monde de l’entreprise c’est souvent le temps le seul vrai ennemi.

Prenez un commercial, ce n’est pas l’objectif son problème, le problème c’est le temps qu’il lui faut pour atteindre son objectif. L’idée ici est de trouver son propre rythme ! Trouver son rythme, pour se sentir bien. 

La leçon de sagesse

Pourquoi aucun philosophe ne s’est encore jamais penché sur la pratique de la course à pied ? Aristote aurait t’il eu une réponse à nous offrir ?

J’ai envie de répondre à Aristote que lorsqu’on court, nous ne sommes pas dans n’importe quel mouvement.

Lorsque nous courons, nous sommes dans un mouvement dans lequel nous nous sentons bien. Dans une leçon de sagesse :

Lorsque vous courez vous jouissez de vous-même sans nuire à personne et en bientôt 40ans de vie, c’est personnellement l’endroit le plus propice à l’introspection que j’ai trouvé sur terre. 

À cette dimension religieuse et spirituelle à laquelle je faisais allusion en introduction, je privilégierai l’aspect philosophique.

Pour moi la course à pied est l’endroit où je mûris le plus de réflexion existentielle. Toutes mes idées et tous mes articles pour Running4all.fr prennent naissance en courant et mon bureau de travail c’est la course à pied.

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