Voilà un sujet bien épineux que nous avons décidé d’aborder.

Il y a des sujets dans la vie où tout le monde a un avis. La course à pied chez les enfants en fait partie.

Entre les éternels poncifs largement majoritaires « il est trop jeune pour courir, il va se casser » et les autres à l’exact opposé, difficile de choisir son camp.

Une chose est certaine, personne n’investit massivement dans les études d’impact concernant ce sujet et pour cause, elle ne représente pas un marché porteur …. pour l’instant.

Par Fabrice BEDIN – Ostéopathe DO – Spécialisé dans la pratique des sports d’endurances

Je ne vais pas vous donner mon avis car il est personnel, et à vrai dire pas très intéressant mais plutôt vous faire part d’expériences, celles de personnes qui ont testé, expérimenté et parlent en connaissance de cause.

Le sujet suscite toujours de vives passions car il touche à un sujet sensible, la santé des enfants.

Tout le monde s’accorde à dire que chaque enfant devrait faire 1 heure de sport par jour mais 1h de footing, cela paraîtrait une aberration. On le déconseille déjà aux adultes, ça n’est pas pour le proposer aux enfants.

Nous touchons du doigt, à cet endroit précis un paradoxe intéressant.

Nous admirons François d’Haene, Kilian Jornet, Bekele ou encore Kipchoge mais seraient-ils devenus ce qu’ils sont maintenant sans avoir couru durant leur enfance, bien évidemment non.

Kilian Jornet

François d'Haene

Bekele

Kipchoge

Le modèle américain

Nous connaissons bien les excentricités américaines et dans le domaine de la course à pied, elles sont multiples. Des enfants qui courent des marathons, cela n’existe plus aux USA mais ce ne fut pas toujours le cas. 75 enfants (entre 8 et 13 ans) ont couru le marathon de New York de 1970. Paul Weslay fut longtemps la référence de la course à pied XXL aux Etats Unis avec un record donné pour 3h00 au marathon à l’âge de 8 ans (en 1977).

Qu’est-il devenu me direz-vous ? Il ne court plus que de courtes distances non pas, parce que la course à pied l’a abîmé mais à cause d’un accident de voiture survenu lors de ses 26 ans (cette année-là, il a couru un marathon en 2h33).

Aujourd’hui de nombreux enfants de 10 ans courent des 10km aux USA dans des temps incroyables et l’épidémiologie américaine ne relate pas un nombre accru de cas d’arthrose précoce ou de pathologies orthopédiques importantes liées à cette pratique. Il existe certainement une sous-évaluation de la part des américains mais il n’est pas rare de voir des enfants (12/15 ans) participer à des semi-marathons locaux.

Le Kenya

Ces dernières années, le Kenya est une terre bénie pour le marathon. Ce que l’on remarque à l’instar de la star de la discipline Eliud Kipchoge, c’est l’âge de plus en plus précoce de ces coureurs. Ils sont nombreux à gagner des marathons à travers le globe à l’âge de 18 / 19 ans et il est aisé de croire qu’ils n’ont pas découvert la course à pied l’année précédente de leur montée sur cette distance. Les méthodes d’entraînement ont évolué et les athlètes sont formés de plus en plus jeunes à courir de longues distances.

Il est vrai que bon nombre de kenyans sont cassés après 4/5 ans de carrière mais ce n’est pas leur entraînement qui est en cause. C’est plutôt le fait d’écumer toutes les courses régionales autour de leur hub et ce 2 à 3 fois par semaine.

Eliud Kipchoge, Kenenissa Bekele, Haile Gebreselassie ont ou ont eu une longévité incroyable malgré des entraînements très précoces.

Le cas Jornet

L’ultra terrestre, surnom donné au coureur espagnol, est un exemple du genre. Beaucoup encensent et admirent, ce coureur espagnol, vantant ses qualités d’endurance, de vitesse et de résistance aux efforts XXL.

Revenons sur l’histoire de Kilian Jornet. Il est né en 1987 dans une ville de Catalogne. Il passe son enfance en montagne jusqu’à l’âge de ses douze ans.

Premier 3000m à trois ans, à cinq ans il grimpe l’Aneto (3404m).

Premier 4000m à 6 ans, à 10 ans il boucle la traversée complète des Pyrénées.

Il alterne entre ski d’alpinisme et ski de fond, l’hiver, l’été il pratique la course à pied.

Il détient de nombreux records d’ascension et a un palmarès à faire pâlir une équipe de football brésilienne.

Dans courir ou mourir, son livre écrit en 2011, il revient sur sa philosophie de l’entraînement. Du volume, beaucoup de volume, et de la performance très jeune ont été les recettes pour permettre son ascension au plus haut niveau.

Personne ne se serait permis de contester son entraînement dans ses jeunes années et pour cause. Ses performances, ses résultats, son épanouissement personnel, sa vision du sport, tout fonctionnait.

Pourtant, si cela concernait votre enfant, bon nombre de vos amis ou de vos relations vous inciteraient à diminuer les charges d’entraînement de votre chérubin, vous culpabilisant de le laisser « forcer » autant ou d’en faire trop …..

Quid du cas français : L’école de la vitesse ou l’art de l’hygiénisme contemporain.

Qu’en est-il en France ?

Voici un tableau des distances maximales que les enfants peuvent effectuer en compétition en France :

Entre 7 et 9 ans, 8 minutes maximum

Entre 10 et 11 ans, 1500 mètres maximum

Entre 12 et 13 ans, 3000 mètres maximum

Entre 14 et 15 ans, 5000 mètres maximum

Entre 16 et 17 ans, 15 kilomètres maximum

Entre 18 et 19 ans, 25 kilomètres maximum

Et à partir de 19/20 ans, distance illimitée

Nous sommes loin des standards mondiaux mais également européens. Nos voisins allemands acceptent volontiers des enfants de 10 ans sur des courses de 5km voire parfois 10km.

La plupart des cadres de l’athlétisme français se plaignent de ne pas avoir de coureurs pouvant rivaliser à minima avec les africains de l’est sur des distances supérieures au semi-marathon mais quels moyens mettons-nous en œuvre pour y arriver ?

Ils sont hélas bien faibles.

Si nous nous tournons vers l’ultra-trail, il y a un nom français qui ressort, c’est celui de François d’Haene. Vainqueur de courses prestigieuses comme l’UTMB ou la diagonale des Fous (GRR), il doit pouvoir apporter peut-être la solution miracle pour performer au-delà des 42km, mais hélas il n’en est rien. Dans une récente interview donnée au quotidien l’équipe, (https://www.lequipe.fr/Athletisme/Actualites/Francois-d-haene-on-peut-aussi-courir-seul/1129300) il explique sa désaffection de son club d’athlétisme car il souhaitait courir des distances plus longues au grand dam de ses entraîneurs.

IMG_0279

La conclusion qui s’impose est de ne rien forcer mais aussi ne rien interdire. Nos enfants doivent courir pour se faire plaisir, découvrir de nouveaux paysages, avoir des sensations différentes de leur vie de tous les jours, mais tout cela dans le respect de leur intégrité physique et émotionnelle.

Ils sont comme les adultes, inégaux dans leur bagage génétique musculo-tendineux. Certains en feront plus, d’autres moins, mais le dénominateur commun doit être l’alliance de la non-douleur et de l’accomplissement personnel.

Si ces deux marqueurs sont réunis, tout sera possible.

 

Copyright © 2020 Agence Commin All Rights Reserved.  Mentions légales

Runing4all

GRATUIT
VOIR