Sur la piste de Patrick Bauer

Running4all.fr a retrouver les traces de Patrick Bauer, non pas en Champagne Ardennes, la région dont il est originaire, ni en Espagne ou il pris villégiature à Barcelone, et encore moins au Maroc, pays ou il organise depuis 1986 cette EPREUVE mythique qu’est le Marathon Des Sables…

….Mais en pleine jungle urbaine, dans un bistrot typiquement Parisien.

Nous y avons dégusté un café aussi serré que son emploi du temps de Ministre du jour!

Rien ne semble arrêter ou stresser cet homme aux yeux bleus rieurs qui vous transporte dans son monde, avant même d’avoir entamé la conversation puisqu’en lui serrant la main on distingue déjà à son poignet le bracelet si caractéristique des marathoniens du désert Marocain.

Nous avons voulu en savoir plus sur l’homme et la 35ème édition de cette épreuve mythique parfois copiée, mais jamais égalée.

Interview live de Patrick Bauer par Marie Caroline Savelieff

MCS : Bonjour Patrick BAUER.

A un mois du 35èmeanniversaire peux-tu nous rappeler la genèse de l’épreuve ?

– 1982 – D’une Maison d’Edition Troyenne au Désert marocain

PB – Un temps photographe à Troyes, puis organisateur de festivals, je pars en Afrique où, durant 2ans, je vends des livres de pédagogie non adaptés aux besoins locaux des instituteurs de brousse.

Une expérience étonnante à l’image des Dieux sont tombés sur la Tête, mais tellement enrichissante dans des villages très reculés où les étrangers se faisaient rares pour ne pas dire inexistants.

-1984 -La traversée du Maroc solo en totale autonomie : la naissance d’un rêve

L’expérience qui a changé ma vie…

Un matin, sans pouvoir vous donner vraiment la genèse de cette idée, je me suis réveillé avec l’idée extravagante de traverser ce désert du Sahara à pieds, le même que j’avais si souvent traversé mais en voiture. Mon frère m’a gentiment dit rendors-toi…

J’avais dans la tête cette quête de me sentir vraiment vivant à travers un effort mêlé de souffrance : naufragé volontaire, sans bouffe, en autonomie, en solo durant 350km.  Une expérience qui a changé ma vie.

– 1986 – Faire partager ce voyage introspectif profond

En rentrant avec mon frère et mon pote Thierry, on a monté ce petit film Super8 dans notre ville avec 200 personnes présentes.

En fin de visionnage, on a perçu dans la salle un bourdonnement tinté de « c’est génial », « nous aussi on aimerait bien le faire ».

Mais remettons-nous dans le contexte : les année 80, ce n’était pas encore la folie du running, des trails et encore moins des objectifs de courses à l’étranger.

(NDLR : Le trail n’est reconnu comme sport qu’en 1990, les World Marathon Majors n’ont été créés qu’en 2006)

L’idée commence à cet instant à germer dans notre esprit : pourquoi ne pas partager cette épreuve ensemble sur des caractéristiques similaires : l’auto-suffisance alimentaire, le désert et la course à pied.

Partager ce voyage intérieur profond, qui remet en cause notre façon de regarder le Monde.

Les gens viennent se foutre à poils

MCS : Les coureurs du MDS nous relatent un Monde à part, plus qu’une course, une  expérience de vie qui les change à jamais. Qu’en penses-tu ?

PB – Je vois le MDS comme une remise en question, une évolution du prisme à travers lequel on regarde le Monde lorsqu’on en sort.

Beaucoup parlent de réponses à des questions qui viennent alors qu’on n’y aurait jamais pensé. On retrouve l’Homme originel avec l’eau, le feu, la solidarité, la bienveillance et PAS de portable.

On est milliardaire, PDG, chômeur, militaire : on s’en tape, on est tous à la même enseigne, solidaires

Depuis 6-7ans, on reçoit des mails qu’on lit comme des courriers via des petits papiers distribués dans les tentes. On privilégie l’authenticité en interdisant le portable sur la course et surtout personne ne s’en n’est plaint.

Alors bien sûr, si tu veux ton réseau, tu peux aller à 200m du bivouac mais sans polluer personne.

Il y a bien le dépassement de soi individuel, la gestion du sommeil, de la course, de l’eau et des calories mais au final, on est une seule et unique caravane qui voyage ensemble.

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MCS : Pour ce 35ème anniversaire, quelques petites surprises au programme ?

PB – Beaucoup de concurrents me posent cette question en s’imaginant que le Jour étape fera 100km ou que la difficulté sera supérieure, mais je ne suis pas dans ce calcul : 250km dans le désert c’est déjà énorme donc oui il y aura quelques petites surprises, mais   pas dans une recherche de kilométrage ou de dénivelé maximum.

MCS : Que réponds-tu aux personnes qui considèrent que le MDS n’est plus qu’un gros business lucratif ?

On fait de son mieux donc on n’a rien à se reprocher car on le fait avec passion, cœur et enthousiasme

PB – Je répondrai qu’avant de se sortir un salaire décent, on a bouffé pendant des années de la vache enragée, on a ramé.

Il ne faut avoir honte de rien et être fier de ce que l’on fait, sans que ce ne soit ni prétentieux ni avec un ego démesuré ou un esprit mercantile. On fait de son mieux donc on n’a rien à se reprocher car on le fait avec passion, cœur et enthousiasme.

Mais oui, il faut des sponsors, des moyens pour travailler et perdurer. On passe pour une course importante mais ce n’est pas pour autant que les sponsors se bousculent au portillon : on n’est pas Roland Garros !

Il ne faut jamais s’endormir sur ses lauriers car d’une année à l’autre la stratégie mondiale d’un sponsor peut passer dans le foot ou autre.

Ces mêmes gens, ne savent pas ou oublient tout l’investissement qu’il y a derrière. On ne peut comparer le MDS à une course X ou Y à 200-300 balles de moins. I

l faut venir au moins une fois sur place pour juger les moyens déployés, que ce soit pour la sécurité ou le bien-être des coureurs.

Côté budget on dépense énormément : derrière les 1200 coureurs, ce sont 600 personnes qui gravitent autour de la course ; Journalistes, médecins, cuisiniers, pilotes et j’en passe.

Sans parler du budget com’ très conséquent : TV, radio, invitation presse pour continuer à pérenniser l’aura de cette si belle aventure.

MCS :Justement qu’est-ce qui pousse les sponsors à vous faire confiance ?

PB – Le Marathon des Sables c’est une philosophie, notre façon de travailler sur le social, l’environnement : ce sont des valeurs qui comptent et dans lesquelles les entreprises se reconnaissent au point qu’il arrive que les sponsors s’engagent sur l’épreuve avec certains de leurs salariés motivés.

C’est le cas, par exemple, de Mutuelle qui bossait avec nous et a passé cette année le pas du sponsoring.

Nous espérons pérenniser cette alliance, mais cela veut dire bien faire notre boulot, tenir nos promesses car on juge sur les actes et pas les belles paroles.

Il faut savoir entretenir le contact, sensibiliser sur certaines causes solidaires, pour qu’une année peut-être ils rejoignent la caravane.

MCS : QUI CONSIDERES-TU ETRE OU AVOIR ETE TON PLUS GROS SOUTIEN ?

Cette année nous fêtons les 25ans de haut patronage du Roi du Maroc et de confiance d’un Royaume

PB – J’ai la chance d’avoir un pays qui m’a fait confiance depuis la première année avec son ministre d’État et successivement sous Mohamed 5, Hassan 2 et Mohamed 6.

Il m’a pris sous son aile paternelle malgré le faible effectif de la première année (NDLR : 23 coureurs sur la première édition 1986) en nous alléguant des camions pour transporter la logistique et le carburant.

Pour remonter l’histoire, la course a atteint de façon prometteuse, 200 coureurs lors de sa 5ème édition, mais la Guerre du Golfe a durement freiné notre essor pour revenir à 109 participants.

Il aura fallu attendre la 10ème édition pour remonter à 200, mais la course au sponsor était usante au point de m’user moi-même et de penser à l’arrêt de l’aventure afin d’éviter d’engranger encore plus de dettes.

Mon sauveur fut son Altesse royale : le Prince héritier Hassan 2, actuel roi, qui décida de parrainer l’épreuve.

Cette année nous fêtons aussi cet anniversaire : les 25ans du Haut Patronage du Roi du Maroc et ainsi toute la confiance d’un Royaume avec ses autorités civiles et militaires qui nous épaulent.

MCS : Avec le recul que tu commences à avoir, qu’est-ce qui à ton avis a permis de perdurer au regard d’autres courses aujourd’hui disparues tel que la Paris-Gao-Dakar ?

PB – Avec Marc Bouet, nous étions effectivement quasi en même temps (NDLR : 1985 pour Paris-Gao-Dakar : course par équipe de 6600km en relais en Afrique créée par Marc Bouet) et nous en avions discuté.

Voici ce que nous en avions tiré :

Les points forts du MDS :

· La durée : 10jours (1 mois le Paris-Gao-Dakar) qui permet aux gens de partir sur le temps de vacances et également d’avoir l’intérêt des médias.

· L’autosuffisance : Les coureurs ont envie de courir non-stop et pas des relais avec alternance de voiture.

· Le partage : donner un sens à la course, à la caravane, transmettre un message : Solidarité et soutien d’une noble cause : dédier sa douleur, ses larmes, sa joie, ses ampoules pour quelque chose qui le mérite. Fédérer les associations, les départements, les entreprises autour d’une noble cause.

· Mixer l’expérience et la jeunesse : Il faut avoir confiance en soi mais il faut aussi douter, se remettre en question. Ce qui était bien hier peut évoluer et se bonifier demain.

· Une organisation sans faille : les moyens mis en place afin de ne mettre personne en danger, que ce soit la logistique, le médical, le suivi des coureurs et tout cela a un coût.

MCS : Côté écologie, le MDS prend t’il des dispositions concrètes ?

Pour les toilettes, on fixe un sac biodégradable en maïs, mais n’oubliez pas de mettre un caillou dedans en cas de coup de vent !

PB – Alors, oui, que ce soit auprès des coureurs qui se doivent d’être responsables qu’au niveau de la logistique interne :

· Lors du briefing des rappels sont faits tous les jours auprès des coureurs.

· Les Bouteilles et Bouchons nominatifs avec pénalités en cas de déchets retrouvés en nature.

· On a une équipe dédiée à l’environnement, au nettoyage des bivouacs qui sont montés et démontés chaque jour pour 1800-2000 personnes. Elles ramassent tous les sacs devant les tentes des coureurs et de l’organisation.

· Nous sommes les seuls, à ma connaissance, à disposer d’un camion qui est un four incinérateur à auto-combustion. Il brûle tous les déchets de la caravane.

Rien n’est enterré. Lorsque l’on repart des bivouacs, c’est aussi clean, voire plus clean car nous ramassons les déchets des bivouacs précédents.

· On a des toilettes pour les coureurs. Un siège avec une vraie lunette de toilettes auquel on fixe un sac à base de maïs biodégradable individuel. N’oubliez pas de mettre le caillou au fond en cas de coup de vent !

Le sac est déposé pour finir soit dans l’incinérateur, soit dans une fosse car ce sont des déchets totalement biodégradables.

· Côté transports aériens et logistique sur place, j’ai financé un premier bilan carbone afin d’estimer le coût. 100% de notre bilan carbone est compensé grâce à l’intervention de Terre d’Aventures ; notre tour-operator.

C’est une agence de voyage éco-responsable qui compense le bilan carbone de tous ses clients via des fondations (NDLR : Station de pompage photovoltaïque, création d’école pour les enfants, dispensaire, tranchées creusées pour donner de l’eau à des écoles, reforestation).

MCS : question sur la nutrition et le textile. J’ai pu constater que le MDS avait de nouveaux partenaires assez novateurs. Quels sont-ils ?

Oui, côté nutrition, un produit ultra novateur nous a rejoint :

NUTRITAPE®.

Il s’agit d’un tout nouveau mode d’alimentation pour le coureur durant l’effort.  Attention, NUTRITAPE® ne remplacera pas notre alimentation à l’effort et au quotidien !

Il complétera, sur des efforts de longue distance, les besoins en vitamines et acides aminés afin de limiter les risques de maux d’estomac et de faciliter la récupération musculaire.

On colle jusqu’à 4 patchs 2h avant le début de l’épreuve sur les cuisses et les bras et sa diffusion perdurera pendant 20h. Il est étanche, mais je ne garantis pas les traces de bronzage !

BODYCROSS ®

Côté textile, la marque de vêtement français BODYCROSS ®, spécialisée en course à pied, nous rejoint. Nous espérons cette association sur le long terme.

Nous avons construit avec Jordan, son fondateur, une gamme de vêtements légers avec un minimum de coutures dédiée au Marathon des Sable.

Merci Patrick d’avoir consacré un peu de votre temps précieux à Running4all et nous vous souhaitons une belle course ainsi qu’à l’ensemble de votre caravane. Une belle édition anniversaire du 3 au 13 Avril 2020.

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